• Pompon 1 

     

    Sous-titre : nostalgie et utopie !

    ***  

     

    Mercienne est commerçante, mais pas commère, comme l'était -il faut bien l'avouer- son arrière-grand-mère. Mercienne est née un mercredi de mars. Sa mère, en l'attendant, lui chantait moult berceuses, tout en poursuivant ses tapisseries et broderies sur le thème de la Belle Dame sans merci. Mercienne peut dire merci, elle, à sa grand-mère, la commère mais néanmoins gentille.

     Pompon 2

    Mais pourquoi donc ? Parce que Mercienne l'ancienne tenait une mercerie !

    A l'époque, il y avait la TSF, la télé balbutiait, la micro-informatique n'existait même pas à l'état d'idée, on ne pouvait compter ni sur le net ni sur facebook pour savoir tout sur tout ou rien, pour lancer des jeux de vilains et dire du mal de ses voisins ! Chez Mercienne l'ancienne, en choisissant ses aiguilles, sa laine ou ses boutons, on était sûr d'être informé de frais sur l'arrivée dans telle famille d'un petit dernier, sur un ménage en déclin, sur des idylles naissantes, sur pleins de petits potins !

     

    Mercienne la jeunette l'a reprise, la mercerie ! Et chez elle, point de potins, l'informatique battant son plein !  Le pas de porte propriété de la famille a été repeint et l'intérieur refait à neuf grâce aux soins des copains ; la boutique ne désemplit plus !

     

    Pompon 3Alors que les merceries ont presque toutes fermé, parce que les femmes et les hommes pressés, stressés, ne cousent plus, ne rafistolent plus, ne ravaudent plus, ne rattachent plus de boutons, confiant ces travaux jugés ingrats, rébarbatifs et fastidieux aux gens du nettoyage à sec, voilà que depuis l'inauguration de la nouvelle boutique, l'intérêt pour la couture et le tricot renaît de ses cendres !

     

    Les amateurs, séduits par l'explosion de couleurs des pelotes de laine et des fils de broderie, s'attardent devant la vitrine et finissent par y entrer, choisir des aiguilles à tricoter, grosses ou petites selon leurs aptitudes et leur degré de patience. Quelle satisfaction de voir vite son oeuvre finie ! Et les enfants se jettent sur les tricotins et les scoubidous.

     

    Pompon 4Mercienne s'est mise à organiser des petits ateliers tous les mercredis : les pompons, les petits ouvrages au crochet au fil des semaines livrent leurs secrets ! Même les jeunes cadres mâles dynamiques s'y sont mis ! Il n'est pas rare de les voir sortir leur sac à ouvrage dans le métro ou le train et se délasser en brodant des motifs dessinés par leurs soins. Du coup, les salons s'enorgueillissent de coussins originaux, tous des petites oeuvres d'art maison !

    ***

     

    Laine qu'on enroule

    SPompon 5ur deux beaux ronds de carton,

    On fait un pompon !

     

    Deux ronds identiques,

    Quand le milieu est rempli,

    C'est presque fini !

     

    On découpe autour,

    Les ciseaux après l'aiguille,

    Cartons retirés.

    ***

     

    Souvenir perso :

    J'aimais aller chez Brentano, la librairie américaine de l'Avenue de l'Opéra. Elle était pour moi la caverne d'Ali Baba ! Yes, I liked to go to Brentano's ! Juste sur ma ligne de métro ! Je grimpais les larges marches à mon arrivée et, à l'air libre, l'Opéra Garnier m'accueillait, auquel il me fallait tourner le dos, pour aller chez Brentano ! Dans sa période florissante, Brentano's avait un grand rez-de-chaussée, qui courait de l'Avenue de l'Opéra jusqu'à l'autre rue, de l'autre côté ! Et un sous-sol tout pour les enfants, en anglais comme en français. Des livres, des journaux, des jouets, de la papeterie, des vendeurs bien informés et même ... un Club de tricot, qui m'a plusieurs fois tenté !  Las, les dernières fois que j'y suis allée, je voyais la surface diminuer ; le sous-sol fut condamné et un jour je trouvai l'affichette fatale sur la porte. Le dynamisme avait cédé devant les créanciers.

    ***

     

    Lenaïg

     

    Pompon 6 

     

    Illustrations : histoire d'un petit pompon vite éclos ce matin.

     


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  • Mes poupées russes
    Une chouette d'idée
     
     
    Je voulais me projeter ailleurs et je suçais ce mot comme un berlingot carminé (simple image dont j'use pour sa puissance, car je n'aime pas les bonbons). J'avais une lumineuse idée de commencement d'une nouvelle histoire, fantastique encore, qui, je le sentais, allait me plonger dans une énergie, que dis-je, une fièvre, une frénésie créatrices, dont l'issue serait propre à rendre folles l'une comme l'autre de jalousie une J. K. Rowling qui aurait le punch du style d'une Amélie Nothomb, mais la nuit passa sur moi son rouleau compresseur, le sommeil s'imposant.
     
    Oui ! La nuit passa (forcément) et mon illuviation sans euphémisme mégalomaniaque avec elle ... En ce nouveau matin hivernal, je me levai, ne pris pas le temps de vérifier la présence de cernes dans mon miroir, attachant néanmoins ma chevelure en catogan et me préparai mon café. Un vague malaise subsistait d'un rêve un tant soit peu cauchemardesque, où un mignon couple de cochons d'Inde, appelés Scrogneugneu et Saperlipopette, laissés dans leur enclos, sur la terrasse d'un jardin la nuit, subirent le sort affreux d'être enlevés par des rapaces, nyctalopes comme il se doit. Mon esprit un soupçon superstitieux s'obstinait en douce à y discerner un présage, un message, mais qui ne se formulait pas clairement, comme dissimulé par un buvard. Une histoire un peu similaire m'avait été narrée, c'était vrai, mais que venait-elle faire dans cette galère, cette histoire ?
     
    Les poudres de clous de girofle, de cannelle, de gingembre, alignées sur le buffet de la cuisine, me rappelèrent que j'avais un gâteau à faire pour mes invités de l'après-midi. Tandis que cette alléchante perspective faisait s'estomper la mauvaise impression persistante de la nuit, s'éloigner les hautes sphères où était grimpée mon ambition orgueilleuse de la veille, la prudence s'imposa aussi pour me faire regagner définitivement ma simple écurie, mon petit terrier !
     
    Mon idée de nouvelle histoire fantastique, j'allais la garder pour plus tard, je ne la ferais même pas entrevoir, je ne voulais pas me la faire piquer avant d'avoir réussi, qui sait, un roman (carrément) ou une belle nouvelle en trois parties (par exemple). Je développerais plus tard mes matriochkas, mes poupées russes qui, en s'ouvrant les unes après les autres, nous offriraient leurs beaux atours, comme les chapitres qu'on écrivait ouvraient des portes ou s'ouvraient sur les suivants, s'imbriquaient, s'enchevêtraient, puis se soumettaient à des restructurations nécessaires à la cohésion de l'ensemble. Mon personnage frétillait déjà !

    Lenaïg
    pour Les Mots ... tion, dans le magazine L'Esprit de la lettre, de Dominique Bar et Freddie Sailor sur facebook.
    Mots imposés en gras.
    Mon mot : ailleurs.

     

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  • chambre de bébé - www.marieclairemaison.com

     

     

     

    T - www.jouets-bebe.comu seras "juste quelqu'un de bien"… ma fille !

     

     

     

    B - www.jouets-bebe.comonjour, toi ! Même si la douce chanson de Nougaro "Cécile, ma fille", en ce glacial dimanche d'automne assombri par un brouillard de neige, semble te bercer à merveille dans ton sommeil, ce serait un mensonge de te laisser croire que moi, je ne te voulais pas !

    C'est juste que nous ne t'avions pas prévue si tôt, ta mère ni moi, mais la mystérieuse nature en a décidé autrement ; une faille dans l'exactitude thétique de nos précautions contraceptives, l'invasion facétieuse du hasard dans nos vies pourtant réglées comme des horloges ? Nos plans de carrière, nos fermes résolutions à ta mère et moi pour satisfaire nos ambitions respectives, ont subi un bon tour de toupie.

     

    T - www.jouets-bebe.comu as eu raison de t'imposer ; nous vivions comme des somnambules, uniquement portés par notre désir de fonder notre propre boîte de publicité. Nous ne prenions même plus de vacances, menacés par les insomnies, plongés dans nos investigations pour cerner les créneaux porteurs. Longtemps que nous n'étions pas allés nous ressourcer à la mer, ou reprendre des forces à la montagne. De projet en projet, soumis aux exigences de la clientèle, nous aurions continué à repousser l'échéance et il aurait fini par être trop tard pour t'avoir, toi puis le frère ou la sœur qui viendra après ! Nous avions l'illusion de tout maîtriser et … badaboum ! Coup de tonnerre : l'annonce de ta venue. Coup de tonnerre, oui, mais pas coup de massue ! Avec toi, maintenant, nous prendrons le temps de pandiculer, d'aller revoir les phares et jouer dans les vagues.

     

    G - www.jouets-bebe.comrâce à l'internet, ta maman n'interrompra pas son travail, en alternant séances devant l'ordinateur, sessions de tétée ou d'étendage de tes grenouillères dans la buanderie ! La seule contemplation de tes petits habits colorés mignons à croquer qui sèchent au bout de leurs pinces à linge me rend fou de joie ! Avec toi, c'est risettes et causettes à ta façon ! C'est que tu es prolixe, déjà ! Et, du coup, nous voici plus calmes : plus de fêtes jusqu'à pas d'heure à l'extérieur avec les copains. Terminée, cette tranche de notre vie ! Pourtant le sort ne nous a pas filouté ! Notre existence n'a pour autant rien de monastique.

     

    I - www.jouets-bebe.commpossible de t'évoquer par des litotes, ma petiote ! Nous béons tous d'admiration devant toi, à en être gaga ! Tu comprends ce que tu peux, mais nous ne pouvons nous empêcher de te parler du Père Noël qui va venir bientôt. Pour la première fois dans notre appartement trône un sapin et le regard émerveillé que tu promènes sur les boules et les guirlandes nous fait retrouver nos propres yeux d'enfants.

     

    P - www.jouets-bebe.comapi, plutôt dépressif depuis la mort de ma maman, semble renaître comme un phoenix depuis que tu es née, sa tristesse est évanescente. Il a cessé de rester figé devant le mausolée mental qu'il lui a érigé. C'est lui qui a proposé d'endosser le costume du Père Noël lors de la distribution des cadeaux. Je n'ai pas le don d'ubiquité mais, par ailleurs, je le soupçonne de s'être remis à la peinture chez lui en secret. Maman serait heureuse si c'est vraiment le cas. Mon inénarrable père ! Cela ne m'étonnerait pas qu'il ait entrepris de refaire la Grande Odalisque d'Ingres en lui enlevant ses trois vertèbres de trop, histoire de se rendre compte si elle sera toujours aussi belle !

     

    M - www.jouets-bebe.coma fille, nous t'accompagnerons autant que possible sans nous imposer sur ta route encore à tracer. Quoi que tu deviennes, une artiste, une funambule en roulotte dans un cirque, une cuisinière hors pair dont les casseroles magiques te feront connaître dans le monde entier, une aventurière te lançant dans les courses à la voile en solitaire sans escales, côtoyant les albatros, ou une infirmière, une secrétaire, une libraire, une fleuriste, une pompiste, une chimiste, etc, je te souhaite de briller, petite flamme qui va grandissant !

     

    S - www.fr.dreamstime.comigné : papa.

     

     

     Lenaïg ,

    sur les cinquante mots imposés de L'Esprit de la lettre, cette semaine sur facebook.

    Illustrations : voir album Alphabet pour les lettres, et album Bouts de choux pour la chambre de bébé.

     

    Additif ! Si on veut ... caresser du regard le joli dos d'une jeune dame qui a tout ce qu'il faut, mais pas trop, on peut aller admirer l'"odalisque" de Rouergat, dont je mets le lien ici :

    http://souvenirs-caussenards.fr.over-blog.com/article-croquis-academiques-61303153.html 

     

    Mais c'est moi qui parle d'odalisque, puisque c'était un des mots imposés, la jeune femme que j'évoque se trouve dans "Croquis académiques" de HV (Rouergat), posté le 22 novembre dernier !

     

     


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  • storm of century 

     

     

    Juste avant la tempête qui s'abattit sur la ville et ses environs, avec une violence dont les météorologues n'auraient pu anticiper l'ampleur en dépit des communications par satellites et de l'informatique de plus en plus sophistiquée, Jeanne-Anne avait eu le temps de rentrer vite de l'école, accueillie par sa grand-mère, soulagée de la voir à l'abri.

     

    Les bourrasques se faisaient plus rapprochées ; plusieurs averses de grêle, par chance très brèves, avaient déjà eu lieu ; Janane et ses copains s'étaient réfugiés sous l'auvent d'un restaurant lors de l'une de ses averses, avant de courir chacun vers leur domicile proche. Qu'advint-il de l'auvent du restaurant ? Il ne résista pas longtemps à l'assaut des éléments en furie et finit par se détacher, s'envoler, accompagné de branches d'arbres sectionnées et d'une foule d'objets hétéroclites sur la trajectoire desquels il ne fit pas bon se trouver.

     

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    Juste avant la tempête, la maman de Janane se préparait pour la réunion de son entreprise, sachant qu'elle-même devrait rentrer tard, rassurée par un coup de fil sur le sort de sa fille.

     

    Le papa de Janane, rassuré à son tour par un appel à sa femme, ne savait déjà plus où donner de la tête : au QG, il fallait décider -et vite !- quels trains pourraient continuer à circuler, lesquels devraient s'arrêter. Pour lui, une chose était sûre : il ne rentrerait pas dans son foyer avant demain matin.

     

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    Juste avant la tempête, les autorités prirent la mesure de la catastrophe en cours et mobilisèrent de toutes urgences les media.

     

    "Rentrez tous chez vous sur le champ et barricadez-vous, si vous n'êtes pas très éloignés de vos domiciles. Sinon, restez sur place ! Eloignez-vous des vitres ! Réunissez-vous en des lieux clos et bien protégés. Descendez dans les sous-sols, s'il n'y a pas de risque d'inondation et si vous en avez la possibilité ! Des tornades sont en formation, que chacun prenne nos avertissements au sérieux, le pire est à craindre !"

     

     

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    Juste avant la tempête, devançant les messages des radios et des télés, chez Janane, le chat Timothée ne cessait de gratter à la porte de la cave en miaulant désespérément. "Qu'est-ce que tu veux, Timothée ?" demanda Mamie. "Tu veux te cacher à la cave ? Tiens, vas-y !" Mais au lieu de dévaler les escaliers, Tim resta obstinément en haut des marches en miaulant de plus belle. Janane comprit ! "Mamie, Tim veut que nous descendions aussi !"

    

    Une secousse ébranla la maison. Mamie, impressionnée par l'insistance du matou, la certitude de sa petite-fille et le hurlement du vent, n'hésita plus. Janane et Grand-mère déplièrent les fauteuils de jardin et s'installèrent,   serrées l'une contre l'autre. Maintenant calmé, Tim sauta sur les genoux de Janane et se blottit contre sa poitrine. Il entonna un puissant ronronnement, tout en regardant alternativement la petite fille et sa grand-mère dans les yeux.

    

    Comment savait-il qu'il fallait descendre à la cave, que maintenant pour eux trois le péril était écarté et qu'il n'y avait qu'à patienter ?

    

    

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    King%20-%20la%20tempete%20du%20siecle 

      

    Epilogues, au choix !

     

     

    l Un essai dans le genre journalistique :

    Juste après la tempête ? C'est une autre histoire : beaucoup de dégâts, les hôpitaux débordés, des pannes d'électricité, d'inévitables victimes mais aussi, nous l'espérons, beaucoup de solidarité. Des drames, puis des anecdotes qui demeureraient ignorées du grand public (ou pas, car maintenant tout se sait) : des idylles nées des rencontres improvisées d'un grand nombre de gens dans les lieux hors d'atteinte du déchaînement extérieur.

     

    l Un essai pour effleurer le genre fantastique :

    Juste après la tempête ? Si Janane n'eut pas un instant peur, grâce à la confiance qu'affichait son brave et néanmoins mystérieux -peut-être angélique- Tim, d'autres, adultes comme enfants, s'ils émergèrent indemnes de la tempête, en restèrent longtemps traumatisés, convaincus que des démons s'étaient déplacés dans ce vent et que les hurlements qui leur avaient empli les oreilles n'étaient pas dû qu'aux éléments ...

     

    l Un essai dans le genre farfelu et pastichard (pour ceux qui s'en souviennent) :

    Juste après la tempête, que se passa-t-il ? Vous le saurez ... demain ! En écoutant le ... 2943ème épisode de notre grand radio-feuilleton :

     "ça va bouillir !"

     

     

     

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    Lenaïg,

    pour le défi n° 40 des Croqueurs de mots, orchestré cette semaine par Harmonie37 :

     

      

    Je vous invite à

    décrire l'instant juste avant. 

     

      Forme libre, prose, poème en vers et toutes formes d’expression qui vous plaira !
    Programmez votre article pour Lundi 18 octobre à 8 heures

     dans la  communauté  "Croqueurs de Mots"

     

    Pour une lecture plus facile des défis au milieu des autres textes

    Merci d’intégrer dans votre titre « Juste avant".

     

    http://harmonie37.over-blog.com/ 

     

     

     

     Une chanson de tempête ?

     

     

     

     

     

    Et, si on est encore là, on peut visionner le clip "Du yoyo dans l'Ohio" et ... dans la tempête ! 

     

    http://www.youtube.com/watch?v=bhe7AtYrIDg

     

     


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  •  

    GRASSHEAD 1 - www.jeveuxca.com

     

     Perceval JANVIER

    Tour Pierre-Bérégovoy

    16e étage

    36 Rue Jean Jaurès

    75000 PARIS

     Madame Josette JANVIER

    8 Rue Claude Chabrol

    23000 GUERET

     

    Le 20 septembre 2010

     

     Ma Chère Mamie,

     

    Cette lettre est un secret, qui ne sera connu que de toi, moi et le monsieur qui est en train d'écrire en ce moment ce que je lui dicte. Après, il va taper ma lettre sur son ordinateur et nous la glisserons dans une enveloppe qui est déjà prête. J'ai moi-même écrit ton nom et ton adresse d'après le modèle du monsieur et c'est moi qui paie le timbre que j'ai collé dessus.

     

    Comme la belle carte que Papa, Maman, Yseult et moi nous t'avons envoyée pour ton anniversaire est sûrement arrivée, tu vas te demander pourquoi tu reçois maintenant une lettre de ma part. Ne t'inquiète pas, il ne s'est rien passé de grave. C'est juste que je penses à toi très fort depuis que je suis revenu de vacances et que tu me manques. Par le téléphone, tu as eu les détails de notre rentrée scolaire, à Yseult et à moi. Tu sais qu'Yseult pleurait tous les matins au début parce qu'elle ne voulait pas aller à l'école, mais elle s'est fait des copines et, pour elle, tout baigne, maintenant !

     

    En ce qui me concerne, le maître ne m'a pas spécialement à la bonne parce qu'il trouve que je suis trop bavard. Il faut que j'apprenne à tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de l'ouvrir, comme m'a dit en riant le monsieur qui écrit. Mais le monsieur rajoute à l'instant que, quand je l'ouvre, ce n'est pas pour ne rien dire !

     

    Yseult et moi nous sommes à la Maison d'accueil de la Tour, dont Papa et Maman t'ont parlé. A 19 h 30, Maman viendra nous prendre et on montera à l'appartement. Yseult, qui n'a pas de leçons ni de devoirs est occupée à l'atelier de pliage et découpage. Moi, j'ai fini ma page d'écriture et mes deux additions et j'avoue que j'ai voulu voir si je pourrais sortir tout seul dans la rue et m'y balader un peu. Peine perdue ! Cela, c'est le monsieur qui le dit et l'écrit : hé oui, son bureau est juste à l'entrée. Ce soir il y était tout seul et il avait laissé la porte ouverte, exprès pour vérifier que les p'tits gars comme moi ne feraient pas de bêtises !

     

    J'étais embêté de m'être fait prendre et je lui ai expliqué que je commençais à m'ennuyer ; je lui ai posé plein de questions sur ce qu'il faisait là, lui ! Alors voilà : M. Philippe Autèse est écrivain public. Comme il m'indique que tu es au courant de ce que cela veut dire, il propose de mettre simplement que, lorsque je lui ai dit "Chiche que tu écris une lettre pour moi !", il a accepté avec joie. Cela le change des problèmes parfois complexes dont il doit s'occuper pour des gens qui maîtrisent mal le français ou qui ne savent ni lire ni écrire, mais il est tout aussi fier de la mission que je lui ai confiée : c'est très important d'écrire à sa grand-mère.

     

    Tu ne parles pas à Papa ni Maman de ma tentative de fugue, Mamie, s'il te plaît. Je crois que M. Autèse est en train de devenir un ami et parler avec lui me fait du bien. Comme les médecins, il est lié par le secret professionnel et il ne raconte à personne d'autre ce qui se dit dans son bureau. Il faut qu'il discute avec ses clients avant de pouvoir leur écrire leurs lettres. C'est ce que nous avons fait. Je me sens plus léger parce que j'ai pu faire le point avec lui. Oui, sentir Papa stressé tous les soirs, rentrant quelquefois à peine à temps pour venir nous dire bonsoir quand nous sommes couchés et s'énervant ensuite auprès de Maman à propos de son boulot, ça commençait à me peser et j'avais pris l'habitude de tendre l'oreille pour essayer de savoir ce qui se passait.

     

    M. Autèse m'a rassuré. Il faut faire la part des choses : je suis trop petit pour comprendre les soucis de Papa et je n'ai pas besoin de rester éveillé pour écouter le soir, en luttant contre le sommeil. J'aurai bien assez de mes propres soucis, quand ils arriveront et je devrai être en forme pour leur faire face. En attendant, je profite de ce que tout va bien et, pour Papa, je dois surtout me rappeler qu'il nous emmène tous les samedis matins à la piscine et qu'on s'y paie de bonnes tranches de rigolade, Papa compris !

     

    Tu sais tout, Mamie, maintenant, comme M. Autèse, et moi je me sens plus calme.

    Porte-toi bien, Mamie Josette et attends-nous pour la Toussaint.

    Gros bisous

     

    Perceval signature

     

     ***

    Lenaïg,

    pour le défi de cette semaine proposé par Eglantine-Lilas (mere-grand.over-blog.com) : faire écrire une belle lettre par un écrivain public.

     

     

    Illustration : le bonhomme aux cheveux en herbe, www.jeveuxca.com

     


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