• Vulfran - Mona, en annexe de la Cour de récré chez Jill

    Gaël, Yaël, Maël sautent et courent en riant dans la cour de récré.

     

    Pas Vulfran.

     

    Eric, Frédérique, Patrick se bousculent un peu, pour s’amuser.

     

    Pas Vulfran.

     

    Timéo, Malo, Théo, Hugo redécouvrent les billes et ont créé un grand circuit dans le sable.

     

    Vulfran ricane.

     

    Léa, Lydia, Liya, Eva jouent à la dinette.

     

    Vulfran leur jette un regard de mépris.

     

    Il s’ennuie, loin de Paris. Il cogne Gaël qui l’a heurté sans le faire exprès, pousse Timéo, un bronzé comme lui mais gentil et au sourire moqueur. Il vient de repérer la rousse Philomène qui ne sait pas encore lire malgré ses efforts et ne connaît pas sa poésie. Elle pleurniche car elle ne saura pas la réciter devant la classe tout à l’heure.

     

    Vulfran se dirige vers elle et lui donne un violent coup de pied dans le mollet. Elle hurle.

     

    - T’est une crétine.Maintenant t’as une raison valab’ de pleurer. Moi je veux pas apprendre à lire, c’est trop chiant. Je ne veux pas travailler, ni jouer, c’est chiant aussi.je suis trop grand ! »

     

    Il voit le maître s’approcher, les sourcils froncés.

     

    Le maître l‘a puni. Il devra réfléchir et parler devant tous de respect.

     

    • Pauvre con ! Si tu crois me faire peur ! Mes frères viendront te…

     

    Il se tait soudain, parce que justement ils sont en prison et c’est pourquoi il se trouve ici, à la campagne, en famille d’accueil. Ils dealaient dans la cité et il faisait le guetteur.

     

    Le maître soupire. Il pense qu’heureusement il n’en a qu’un comme ça, et il le fatigue plus que tous les autres réunis. Il aurait démissionné sinon. Vulfran n’a que sept ans pourtant.

     

    C’est la sortie. Les enfants rentrent en voiture, à pied chez eux ou prennent le bus.

     

    Malo, plus fort que les autres, soulève Vulfran et le dépose dans le bac à ordure puant. Il crie, tempête et n’arrive pas à sortir.

     

    Léa s’avance et dit gentiment à son ami Malo.

     

    • C’est pas bien de faire ça, Malo ! Tu sais, on a parlé de respect aujourd’hui. C’est plus fort que la violence, a dit le maître, et c’est vrai !

     



    Malo a un faible pour la jolie Léa et par amour pour elle, reprend Vulfran par les épaules et le remet sur le trottoir.

     

     

    Il empeste et dégouline de saletés gluantes. Tous s’éloignent.

     



     Vulfran a honte et se dirige vers la rivière où il se plonge pour se nettoyer un peu avant de regagner la maison accueillante de ses nouveaux parents où un délicieux goûter l’attend. Il grelotte et réfléchit, encore et encore. Pour la première fois il se sent heureux de rentrer

     

     

    • Vulfran ! que t’est-il donc arrivé mon pauvre enfant. Je vais te faire couler un bain et tu vas te changer. Je t’ai acheté ton dessert préféré pour ce soir !

     

    • Comment font-ils pour me supporter, se dit-il. Je vais faire un effort pour eux.

     

    Mona


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    Océan en furie - Mona - Haïkus pour Neige et tempête

    Et le fou s' avance
    inconscient, ravi
    Les rochers vibrent
    ***

    Ivre de vie
    Il va la perdre.
    ***

    Pauvre corps fracassé,
    entraîné, englouti
    Anaon à jamais ...
    ***

    Mona

    (la photo vient d'une vidéo de la presqu'île de Quiberon pour alerter les imprudents. )


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  • Qui peut-elle bien être ? A découvrir sur Overblog :

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    Dans un cadre marin, c'est certain ! Photo de Mona

    La Symphorose de Mona, en annexe à la Cour de récré chez Jill !


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  • Fortuné - Mona, en annexe du jeu du prénom à la Cour de récré chez Jill

     

    Fortuné

     

    Il était né dans une sombre chaumière à Huelgoat, un soir de tempête, enfant difforme que sa mère avait tout d’abord repoussé, avant de le prendre dans ses bras et lui tendre un sein gorgé de lait et douloureux. Son jumeau, lui, était tout rose et bien conformé. Son père avait haussé les épaules, fatigué de tailler des pierres du matin au soir, se disant : « Une seule bouche de plus à nourrir nous aurait suffi. » Mais l’accoucheuse avait poussé un cri d’horreur en le voyant noiraud et poilu près de son jumeau parfait.

    • Un korrigan, fils du Diable ; tuez-le !

    • Mais on ne tue pas, chez les Le Coz. Les korrigans savent être bons, eux ! Il ne vivra pas longtemps, je pense. Trop mal foutu.

    Il vécut dans la pauvreté, mais entouré de rires et d’amour. Ils mangeaient à leur faim grâce au travail acharné du père.

    A l’école, il ne comprenait pas grand-chose, mais personne ne se moquait de lui, même ces rudes garnements si prompts à se gausser cruellement de cous trop bas, d’oreilles trop grandes, de nez disproportionnés, de boiterie ou de bégaiement. Fortuné, car tel était son nom, les fixait de ses yeux noisette, lumineux et bienveillants sous ses sourcils broussailleux comme les ajoncs en hiver, et aussitôt leurs rires grossiers cessaient. Ils baissaient la tête, honteux.

    Le recteur l’avait remarqué et avait décidé d’en faire un moine, sauf que le latin n’entrait pas dans sa grosse tête. Son frère devint moine, au grand soulagement de sa famille. Il prierait pour leurs âmes et ils étaient certains d’aller au Paradis. Tous en soupiraient d’aise et Fortuné devint sabotier dans la forêt. Sa hutte embaumait du parfum de bois vert fraîchement coupé. Il taillait, polissait, creusait la grume de hêtre, faisait sécher le sabot au-dessus du feu et l’ornait joliment pour les femmes et fillettes. Parfois, la nuit, des korrigans venaient l’aider, car le travail ne manquait pas. Il s’enrichissait mais donnait volontiers aux pauvres hères de quoi se nourrir, et surtout payait des servantes pour s’occuper de sa mère, l’aider et la soigner. Elle avait le dos cassé à cause des travaux de ferme trop pénibles pour elle. Il lui rendait visite quand son travail le permettait. Par amitié pour Fortuné, le boléguéan acceptait d’aider sa mère, qui perdait aussi un peu la tête, à retrouver tout ce qu’elle égarait. Son époux était mort depuis longtemps, les poumons rongés par la silicose.

    Un jour, cependant, il eut très froid. Le feu flambait pourtant dans sa hutte et il était bien à l’abri de la pluie fine et glaciale dehors. Il entendit résonner dans sa tête ces mots :

    • Fais-moi au plus vite des sabots solides de cette pointure.



    Il vit sur sa table de chêne s’aligner quatre branches qui se courbèrent d’elles- mêmes pour dessiner un grand pied.

    • Êtes-vous un fantôme coquet ? Parce que je ne vois pas à quoi ils pourraient vous servir. Et j’ai trop de travail.

    • -Je suis l’Ankou. Tu ne peux pas me voir parce que ton temps n’est pas encore venu. Mais celui de ta mère si. Elle verra à mes pieds les sabots de son fils et partira avec le sourire.



    Fortuné pleura.

    • Elle me verra, moi. Et mon frère lui portera l’extrême onction.

     

    • D’accord, c’est bon ! J’ai jamais été doué pour les relation sociales et
      t’avais même pas peur ! J’ai besoin de bons sabots parce que les saletés se collent entre mes phalanges et ça me mine le moral.


    • Tu les auras.

     

    • J’ai besoin de temps pour aller chercher mon frère.

     

    • Tu l’auras.



    Et c’est ainsi que la maman de Fortuné rendit l’âme en souriant aux anges, que chacun retourna à ses tâches, Fortuné plus fortuné que jamais. Il rencontra même l’accorte Gaïd, l’éleveuse de porcelets, et ils se marièrent. Bien sûr, elle n’avait pas été indifférente à sa fortune, mais elle l’aimait pour son regard extraordinaire. Elle savait qu’elle n’était pas très belle non plus mais son caractère s’était considérablement adouci depuis sa rencontre avec le terrible Saint Herbot. Ils eurent des jumeaux, Briag et Klervi, ordinaires donc sans histoires, MAIS gentils et joyeux. Que demander de plus ?



    Echu eo !



    • Le boléguéan est un lutin qui retrouve tout ce qu’on perd.

    • L’histoire de Gaïd est racontée dans la rubrique « contes et légendes » sur le site « Plumes au vent ». Le titre est « Légende de Saint Herbot et de la mare aux sangliers »

     

    Mona

     

    Fortuné - Mona, en annexe du jeu du prénom à la Cour de récré chez Jill


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  • Zénobé la Romaine et Annah - Mona

    Annah cheminait depuis longtemps, d’un pas décidé, en direction des Plomarc’h d’où émanaient depuis plusieurs lunes des odeurs pestilentielles qui lui donnait, comme à ses voisins, des hauts le cœur à n’en plus finir quand le vent de mer dansait dans leur village de bois. Il y a peu tous le humaient encore avec plaisir tant les odeurs iodées de l’océan les remplissaient de reconnaissance pour la vie qu’il leur prêtait. Elle et ses sœurs descendaient tous les jours sur la grève pour ramasser juste de quoi se nourrir, des coquillages et crustacés, tandis que les hommes pêchaient la sardine. Grâce à la générosité de l’océan qui savait donner la vie et la mort, ils étaient forts et vigoureux, protégés par l’ombre des arbres sacrés. Elle tenait un bâton à la main et avait ceint sa chevelure dorée de fleurs des champs cueillis avec délicatesse.

    Plus elle approchait des Plomarc’h, plus elle se pinçait les narines, et un vacarme et des cris lui blessait les oreilles. « Sûrement des Romains, se dit-elle, ils sont rares mais tapageurs ! »

    Puis elle l’aperçut. Une belle Romaine, un peu plus âgée qu’elle, rêvassait tristement, penchée sur un ouvrage de broderie dont elle détournait les yeux. Intriguée, Annah s’approcha. Elle connaissait le latin grâce à son frère qui s’était engagé comme mercenaire et était rentré de guerres lointaines, la tête pleine d’histoires stupéfiantes qu’il racontait aux veillées. Il repartirait, c’est sûr. Il disait que les Romains bâtissaient des murs solides de pierres rondes scellées par du mortier tuileau et leurs maisons étaient chauffées par le sol….Ils leurs apprenaient leurs techniques !

    Ces bâtisses se marient moins bien au paysage et les en séparent, répondait Annah, curieuse d’apprendre mais convaincue que leur vie était plus saine, en harmonie avec la nature.

    _ « Mon nom est Zénobé », dit la belle Romaine. Souriant à cette jeune sauvage, se demandant si elle n’allait pas s’enfuir, sans douter une seconde qu’elle puisse parler une autre langue que la sienne. « Mon époux travaille ici et je m’ennuie à mourir de Rome et ses distractions. Il dirige l’usine. »

    _ C’est quoi, une usine ?

    _ Viens, je vais te la montrer. On fabrique du garum.

    _ Du garum ?

    _ Mais tu ne sais donc rien ? Un condiment délicieux dont on raffole à Rome. On malaxe des viscères de sardines avec beaucoup de sel pour qu’il ne pourrisse pas. On le stocke dans des jarres et des marchands les transportent chez nous.

    _ Pourquoi transporter de la nourriture ? Vous allez tomber malades. Nous cuisinons aussitôt des fruits de mer et de terre frais, et regarde comme je suis robuste, comparée à la frêle créature que tu es. Et pourquoi demandes-tu à cette petite esclave de t’éventer, alors que l’ombre des arbres te rafraichirait mieux ? La nature nous parle et nous soigne, et d’ailleurs vous empoisonnez l’air de cette pestilence infecte.

    _ Ne sois pas sotte et viens.

    Elles cheminent vers la falaise, Zénobé un peu essoufflée, Annah se masquant le visage d’une feuille de châtaignier prélevé à l’arbre avec douceur pour ne pas le blesser.

    Elles approchent de la falaise et Annah insiste pour descendre plus bas. Face à la mer turquoise s’élèvent une quinzaine de grandes cuves rectangulaires. C’est immense. Zénobé ne cache pas sa fierté devant la stupéfaction de sa nouvelle amie. Telles des fourmis, des hommes s’activent à malaxer, transvaser dans des amphores, charger des charrettes de cette mixture nauséabonde.

    _ C’est grand et beau, non ?

    _ Peut-être, mais si peu naturel !

    _ Nos bâtisses sont plus solides que les vôtres.

    _ Oui. Je l’admets. Mais pourquoi avez-vous ces trois statuettes là-bas ?

    _ Les dieux qui nous protègent. Hercule, Jupiter et Neptune.

    Annah est scandalisée.

    _ Mais ce sont des hommes, rien que des hommes ! Ils sont ridicules. Mon frère nous a parlé de vos croyances et nous étions morts de rire. Quelle ignorance vous avez des forces qui régissent l’univers dont nous ne sommes qu’une infime partie ! Leurs histoires sont pitoyables.

    Zénobé est un peu vexée mais aime bien la franchise de cette sauvageonne.

    _ Viens, je vais te présenter à mon époux.

    _ Si tu y tiens.

    Elles s’avancent en direction d’un homme grassouillet qui hurle des ordres en direction de ses ouvriers au fond des cuves.

    Il ne me plait pas trop.

    Il est riche, puissant et me traite bien. Il ne me bat presque jamais. Quand même, admire son œuvre.

    Tu ne peux pas critiquer ses constructions au moins. Elle rit.

    Annah la retient.

    Un grondement se fait entendre. Un pan de mur s’effondre et dans un roulement de pierres et de poussières quelques hommes disparaissent. Blessés, ils crient.

    Annah sort sa pochette de plantes médicinales et descend les soigner. Annah pleure. Son époux hurle de plus belle, furieux de ce temps perdu.

    Mona


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