• Un rien qui vaut cher - 1/2 - RAHAR

     

    Un rien qui vaut cher - RAHAR

    Un rien qui vaut cher - RAHARJ’étais en train de rédiger un quelconque rapport, quand Ninie m’interrompit.

    – Un client sans rendez-vous, patron.

    – Pas intéressé, ma chère. Envoyez-le vers un collègue.

    – Allons patron, je sais bien que vous venez de boucler une affaire juteuse, mais ce jeune homme est tellement… désemparé.

    – Un jeune homme, hein ?... Et je suppose qu’il est beau et mignon.

    – Patron !... Eh bien, c’est peut-être vrai, mais son cas vous intéressera, j’en suis sûre… Vous avez toujours confiance en ma perspicacité, n’est-ce pas ?... Allons, consacrez-lui juste cinq minutes, et si vous n’êtes pas convaincu, je n’insisterai pas.

    – Hmm… Très bien Ninie, faites-le entrer.

    Comme je l’avais supposé, le jeune gars de vingt-cinq ans était beau et je ne m’étonnais plus que ma secrétaire eût craqué. Mais je la croyais assez consciencieuse pour avoir une assez bonne maîtrise de ses émotions et sentiments. Je pensais donc que le charme du jeune homme n’avait pas été suffisant pour l’inciter à me persuader de m’occuper de l’affaire.

    Je laissais le gars Jesse Trist m’exposer calmement son problème. Sa sœur jumelle Eva avait disparu depuis deux mois. Suite à une dispute avec son mari, elle avait profité du fait qu’il était à son bureau pour enregistrer une vidéo de rupture. On pouvait supposer que la dispute avait été très sérieuse, et pour qu’elle eût laissé ce message inhabituel, elle devait redouter quelque réaction violente de son mari pour éviter un affrontement pénible. Ce dernier, Jean Nuwi, était un homme impulsif, plutôt jaloux et exclusif malgré son charme trompeur, et Jesse ne serait pas étonné qu’il fût parfois brusque et violent dans l’intimité, quoique sa sœur ne se fût jamais plaint ni confiée à lui.

    Contrairement aux vrais jumeaux, Eva et Jesse n’avaient pas ce lien spécial qui unissait les homozygotes, leur faisant ressentir les émotions de l’autre. Toutefois, rien que par leur lien fraternel normal, Eva aurait dû contacter son frère, à défaut de leurs parents résidant au loin, à la limite une semaine après son départ.

    Jesse avait fini par s’inquiéter et avait rendu visite à Jean. Celui-ci avait manifesté son étonnement et avait montré la vidéo à son beau-frère. Les deux hommes avaient donc résolu d’avertir la police, plus d’une semaine de silence était inquiétant. Eva n’avait pas de revenu, ne s’étant plus présentée à son travail, et sa cagnotte – si cagnotte il y avait – aurait déjà fondu depuis longtemps.

    La police avait fait chou blanc. Eva n’avait laissé aucune trace. Depuis son départ, elle n’avait pas utilisé sa carte et la banque n’avait enregistré aucun mouvement, ni de débit ni de crédit. Comment avait-elle donc vécu ? Même si elle avait effectué de petits boulots, elle aurait quand même laissé des traces, même minimes.

    Les deux hommes avaient engagé successivement trois détectives. Aucun de ceux-ci n’avait obtenu de résultat. En désespoir de cause, Jesse Trist se rabattit sur Kwan Lock Investigations. Mes tarifs étaient plutôt extravagants, même pour un jeune entrepreneur comme ce Jesse ; je ne me justifierais pas, je ne faisais que suivre la loi de l’offre et de la demande : le nombre d’affaires délicates bouclées, parfois en quelques heures, témoignaient pour moi.

    Ma visite au commissariat, où j’avais quelques bons amis et d’anciens collègues, ne m’apprit rien d’intéressant, le dossier était quasiment vide. Eva Nuwi était partie avec très peu d’affaires dans une petite valise. Une enquête de proximité ne donna que des résultats décevants : le quartier était très animé et Eva aurait très facilement passée inaperçue ; aucun commerçant n’avait remarqué rien de particulier.

    Je me résolus à rendre visite au mari, Jean Nuwi. C’était un bellâtre au tempérament ombrageux, toisant hautainement ce petit détective chinetoque qui prétendait faire mieux que les autres. Je ne comprenais pas comment la gente féminine était attirée par ce type plein de suffisance, mais je ne suis pas une femme. Je le trouvais immédiatement antipathique.

    – Monsieur Nuwi, pourriez-vous me dire pourquoi votre femme vous a quitté ?

    – Oh, nous avions eu une discussion peut-être plus violente que d’habitude.

    – C’était à propos de quoi ?

    – De son travail. Elle rentrait trop souvent tard.

    – Et je suppose qu’à son lieu de travail il y avait un peu trop de jeunes et beaux internes.

    – J’avoue que je suis un peu jaloux.

    – J’ai cru entendre que vous-même êtes entouré de charmantes collaboratrices…

    – Et alors ? Ça ne veut pas dire que je me les farcissais. J’aime ma femme et je voudrais qu’elle revienne. Je veux changer pour la retenir.

    Un rien qui vaut cher - RAHARPar automatisme, j’avais mentalement photographié le living et sa décoration. J’y avais noté la touche féminine raffinée d’Eva par le choix des tableaux et des bibelots.

    – La police ne m’a pas permis de voir son message vidéo.

    – Eh bien, tenez ! voici une copie si cela peut vous aider.

    A suivre

    RAHAR

    Note de Lenaïg :
    pour vérifier si on a l'oeil d'un détective, on peut essayer de trouver les 7 différences entre les deux chats ci-dessus. Moi j'en ai trouvé assez facilement cinq, puis six, je chercher encore la septième !
    Voir le jeu chez Superblogules.

     

    Un rien qui vaut cher - RAHAR

    Photos : Nestor Burma (Guy Marchand) et sa secrétaire Hélène (Géraldine Cotte).

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 5 Octobre 2013 à 09:16

    Coucou par ici, Christian. Jesse Trist, hélas, porte bien son nom : quelle angoisse de ne pas savoir ce qui est advenu d'Eva ! Merci beaucoup de nous offrir une passionnante lecture pour le weekend. Je me régale aussi des prénoms et noms que tu donnes à tes personnages ! Bizzz !

    2
    Samedi 5 Octobre 2013 à 12:03

    J'attend la suite avec impatience. En tous cas ce ne sera pas moi qui découvrirai la belle dame, car je suis restée bloquée à 4 différences !!!

    Bon week-end à Rahar et toi - gros bisous

    3
    Samedi 5 Octobre 2013 à 12:41

    Coucou Monelle ! Ah mais, les deux énigmes sont distinctes, même si en fait, je te le révèle, j'ai essayé de donner un indice aussi discrètement que possible en insistant sur la faculté d'observation et de mémoire visuelle ... Mais j'ai bien peur que cette faculté ne nous fasse pas découvrir la belle dame, mais autre chose ... Alors, si jamais la belle dame n'est pas saine et sauve, que les coupables soient coincés ! L'espoir de la retrouver est en effet bien mince, nous verrons bien. Merci beaucoup de nous rejoindre, gros bisous.

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