• TEST D'EMBAUCHE - 2/2 - Rahar, nouvelle fraîche : polar noir !

    Rappel : ceci est de la pure fiction, de polar plus noir que noir !

    L"héroïne est prise dans un engrenage infernal ; à savoir si elle parviendra à s'en libérer, ou ...

    Lenaïg

     

     

     

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    Au boulot, elle épia tous les clients avec un journal. D’habitude, il y en avait deux ou trois qui oubliaient ou abandonnaient leur feuille de chou. Elle finit par en obtenir une et regarda fébrilement la page nécrologique. Elle fut déçue, il n’y avait aucun Jesse qui fût clamsé. Le lendemain et le jour d’après, elle fit le même manège. En vain.


    Le troisième jour, elle allait se décourager, quand la découverte du fameux nom fit bondir son cœur. Elle eut du mal à attendre l’heure de fermeture. Elle n’avait jamais disputé les restes du fast-food avec ses collègues, elle avait sa fierté, elle se contentait de ce qu’elles lui donnaient et ne le dédaignait pas, au vu de sa situation et de celle de son père. Elle redonna une bonne part à la petite nouvelle qui avait attiré sa sympathie, et celle-ci lui avait témoigné sa reconnaissance avec un regard attendrissant de petit chiot.


    Lindsey ouvrit fébrilement la petite enveloppe blanche. Deux beaux billets l’attendaient sagement. C’était vraiment une aubaine, il y avait encore de lourdes factures à régler et son père avait changé d’antalgique plus cher. En prévision de l’arrivée de cette manne, elle avait acheté de bonnes côtelettes de porc, son père allait se régaler pour une fois. Celui-ci avait été surpris… et attendri : ce n’était pas son anniversaire et le calendrier n’avait mentionné aucune fête. Il recommanda néanmoins à sa fille de ne pas faire trop de folie, il était conscient de leur situation peu reluisante.


    Avec la troisième enveloppe d’annonce qui lui rapporta quatre cents euros, l’esprit agile et curieux de Lindsey se réveilla. Elle décida de se renseigner sur ses « donateurs » posthumes. Elle se porta pâle, puisqu’elle n’avait pas encore droit à des congés. Elle fit l’acquisition d’un tacot digne de la casse et le retapa ; elle avait fait un stage fructueux au parc automobile de l’armée. Elle avait rogné une bonne partie de sa cagnotte, mais la guimbarde était devenue méconnaissable, sans toutefois avoir l’aspect d’une voiture sortant toute brillante d’usine. Puis elle alla à la pêche aux informations.


    Hubert Bauniceur avait été un comptable bon vivant et noceur. Il était atteint d’un cancer du pancréas trop tardivement diagnostiqué. La date de sa fin avait probablement été prévue. Jesse Clamsey avait été un bookmaker assez connu du milieu, il avait la quarantaine quand une rupture d’anévrisme l’avait emporté. Ce cas était un peu douteux, mais Lindsey n’était pas médecin pour en juger. Finch Moillapey avait été un directeur de casino. Il n’avait pas voulu entendre parler de retraite à soixante quinze ans. Un mauvais perdant qui avait fait du grabuge à la roulette avait eu raison de son cœur qu’il savait pourtant fatigué.


    Lindsey manquait de temps pour creuser un peu plus profondément, sa « convalescence » allait expirer, mais elle pouvait s’estimer raisonnablement satisfaite. La fin de tous ces gens était prévisible. Mais elle ne savait toujours pas pourquoi elle bénéficiait de ces dons.


    La quatrième annonce lui rapporta huit cents euros. Elisabeth Dessom était une vieille peau tyrannique, conduisant son entreprise à la baguette, ne laissant aucune initiative à son fils nommé pompeusement DG sans réel pouvoir. Elle avait succombé d’une insuffisance rénale.


    Lindsey avait fait des réparations dans la vieille masure paternelle. Elle avait menti à son père, disant qu’elle avait fait quelques gains sur des paris. Le vieil homme avait quand même eu quelques doutes dont il avait un peu honte : il craignait que sa fille ne se livrât à la prostitution ; se pouvait-il qu’elle fût tombée si bas avec tout son bagage intellectuel et son intelligence ? Mais d’un côté, il était conscient du scandale — non fondé, il le savait — qu’elle traînait comme une casserole ; qu’elle en fût réduite à faire le tapin de haute volée, il devait le comprendre et se résigner.


    À la réception de la cinquième enveloppe, le cœur de Lindsey fit un bond. Le montant du don s’élevait à mille six cents euros. Cela tombait bien, la toiture de la maison devait être refaite, le chauffage remplacé et le garage rénové. Elle regarda le nom : Vince Antim. Elle était désolée pour lui, mais le Ciel lui avait envoyé un SMS qu’il ne pouvait ignorer.


    Lindsey attendit patiemment trois jours tout en scrutant les pages nécrologiques. Le quatrième jour, elle commença à s’énerver, le dit Vince tardait à passer l’arme à gauche. Le cinquième jour, elle n’y tint plus. Elle prit une journée et alla enquêter.


    Vince Antim avait la quarantaine, il était inspecteur à la brigade des stups. C’était un agent de terrain, presque parfaitement en forme. Lindsey était un peu sceptique, comment un homme en pleine santé pourrait mourir dans peu de temps ? Il avait peut-être une maladie grave insoupçonnée. Mais la jeune fille savait très bien que ces agents devaient passer des visites médicales périodiques d’aptitude. L’hypothèse ne tenait pas. Serait-ce la fin de sa bonne étoile ? Mais il lui fallait de l’argent, les entrepreneurs étaient déjà à l’œuvre et il fallait respecter les échéances. Elle était bouleversée. Il était vrai qu’elle pouvait chercher du travail ailleurs, mais ce serait laisser seul son père à la merci d’une infirmière anonyme qui ne lui donnerait pas l’affection dont il avait surtout besoin.


    Lindsey respira un bon coup, entama des recherches plus approfondies. Des bruits avaient couru sur Vince, comme quoi il serait un ripou. Ses recherches tendaient à le confirmer. Toutefois, il n’y avait aucune preuve. Elle se résolut à filer l’inspecteur le soir, pendant toute la nuit si nécessaire, quitte à être en retard au boulot le lendemain.


    Ce n’était que vers les deux heures que quelque chose se passa. Laissant son coéquipier se restaurer à une gargote mobile, Vince se glissa dans une ruelle mal éclairée. Lindsey avait des jumelles à infrarouge qu’elle avait pris comme « souvenir » à l’armée. Elle distingua parfaitement un individu louche coiffé d’un galurin de malfrat, portant un trench-coat gris, donner une épaisse enveloppe au ripou. Il n’était pas étonnant que certaines opérations des stups aient foiré, selon toujours ses sources.


    La jeune fille était confrontée à un dilemme. Attendrait-elle que le destin frappe le ripou, ou bien oserait-elle forcer le sort ? Si elle ne faisait rien, il était peu probable que quelque chose de naturel arrivât à Vince, compte tenu de sa constitution. Et les mille six cents euros étaient très alléchants. Elle se décida, et puis ce Vince était un sale ripou méprisable. Elle avait gardé un pistolet sans marque, comme bien des commandos de sa promotion ; ils s’étaient aussi bricolés des silencieux efficaces. Elle était comme au tir au pigeon. La police conclurait à un règlement de compte, l’épaisse enveloppe que Lindsey avait laissé dans les mains de Vince l’accuserait sans contestation aucune.

    C’était seulement le lendemain soir qu’elle trouva l’enveloppe blanche tant attendue. Avec les mille six cents euros était joint un petit carton. « Si ce nouveau métier vous tente, allez sur le site www.redrum_inc.org , vous pourriez gagner jusqu’à dix milles euros pour chaque tâche réussie ».

     

    Fin

     

    RAHAR

     

     

     

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    Illustrations :

    D'abord, Jean Dujardin dans le rôle d'OSS 117, Hubert Bonisseur de la Bath, ensuite une photo trouvée en cherchant "Entretiens d'embauche" sur Google ...

     

     


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  • Commentaires

    1
    Mardi 20 Mars 2012 à 16:27
    jill-bill.over-blog.

    Bonjour Rahar... Euh non sans façon.... Bien aimable !  Merci pour ce polar intriguant à la fin... surprenante... Et que dire des noms "d'acteurs" choisis... Au plaisir, amitiés de jill

    2
    Mardi 20 Mars 2012 à 16:40
    Monelle

    Que voilà un entretien d'embauche drôlement ficelé mais j'ai retrouvé le Rahar des premières histoires que j'ai lues ! Bravo à toi .... je peux en avoir d'autres ?? D'abord j'ai dit que je me remettais à la lecture    et 'est vrai, je viens de me replonger dans un livre de Christian Jack : Imhotep !!

    Bisous à vous deux

     

    3
    Mardi 20 Mars 2012 à 17:20
    Marie-Louve

    Fallait pas que je cherche midi à quatorze heures ! Hi,hi Lindsey a passé haut la main le test d'embauche chez redrum. À sa place, je sauterais sur l'occasion. Nettoyer l'humanité est aussi valable que nettoyer la vaisselle ! Bravo et merci Rahar. Je suis toujours charmée par vos nouvelles. Bises.

    4
    Mardi 20 Mars 2012 à 21:25
    mansfield

    Beaucoup de sang froid et un réel savoir faire, çaeut rapporter gros. Pas de temps mort, une bonne narration

    5
    Rahar
    Vendredi 6 Juillet 2012 à 08:35

    Voyons Jill, dix milles euros par contrat ça ne te tente pas ? Marie-Louve est prête à vendre son âme à Murder... pardon redruM.Inc. La boîte est solvable, je peux le jurer.

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