• Et aussi : Mille milliards de mille sabords ! Tonnerre de Brest !

    Ces fameux jurons du Capitaine Haddock n'ont laissé personne indifférent, contribuant au succès des albums de Tintin, tout comme le chien Milou, que l'éternel jeune reporter emmenait partout, le petit veinard ! Même jusqu'en Ecosse, faisant fi de la quarantaine imposée à l'époque aux animaux entrant au Royaume-Uni. C'est qu'on n'est pas îlien pour rien, on a une mentalité particulière quand on est né et qu'on réside sur une île : méfiance et distance envers le continent, crainte des invasions, aussi bien humaines que de canidés enragés ou de lapins zélés reproducteurs … ah ouais ? Mais d'où nous est venue la vache folle ? Et une alerte de porc à la dioxine très récemment ? Cette dernière venait d'Irlande, je crois. Mais je les aime bien quand même, ces Anglo-saxons et ces Celtes d'outre-Manche et de toute façon, il faut faire attention à ce qu'on met dans nos assiettes, mais ne pas trop réfléchir non plus, sinon on n'aurait plus qu'à repartir chasser, pêcher du poisson, cultiver nos propres légumes, élever nos propres poules, activités très prenantes difficiles à réaliser quand on est en ville …


    Ce Milou, tiens, l'ami Chveïk (Slévich), dans son étourdissante pièce de théâtre "Hot Dog & Kick Kat – Saynète Versifiée" ne l'a pas fait apparaître … Il est attachant, ce chien de Tintin qui parle dans les histoires, il a ses propres bulles ! L'originalité d'Hergé à ce sujet, c'est que ni Tintin ni les autres personnages ne l'entendent mais nous, lecteurs, si ! C'est nous qui nous trouvons projetés dans la quatrième dimension et partageons le secret de Milou. Quel bel os à ronger !


    A moi d'en prendre de la graine pour donner une suite aux aventures de mon Chien Incertain. Je voudrais que Zigue, maintenant qu'il est entré en contact avec le Chat d'en face, parvienne à faire comprendre à son maître qu'il n'est pas seulement instinctif et affectueux, qu'il est également doté de conscience et d'une pensée évolutive … Je serai taxée d'anthropomorphisme ? Pas dans la fiction, quand même ! Zigue n'est que le frère de Milou, Gai Luron, Rantanplan, Idéfix, de tous ceux que Chveïk a ou n'a pas cités. Une chose est déjà sûre, Zigue ne s'exprimera pas en alexandrins classiques, car c'est moi son deus ex machina et je ne suis pas calée en tragédie antique ni en poésie du genre rigoureux et impitoyable du sonnet (j'entends encore claquer le fouet virtuel des corrections de rimes incomplètes ou mal croisées et je sais qu'il me reste à en rectifier un rétif sur l'une de mes pages !). Si je commets un nouvel épisode des pensées du Chien Zigue, ce sera en somme la revanche de Milou !

    Rien que ça, comme on dit en français parlé ? J'ai du boulot …


    Et le Tonnerre de Brest ? Il n'a rien à voir avec la foudre ni les éclairs. Non, le bagne de Brest se situait sur la rive droite de la Penfeld, en plein quartier de Recouvrance, non loin du pont du même nom. Il arrivait que des prisonniers s'en évadassent (oh, pas beau l'imparfait du subjonctif, on va garder le présent : s'en évadent !). On faisait alors donner le canon pour prévenir la population que ces individus dangereux vadrouillaient dans la région. Ce canon, qui faisait trembler les braves gens, était baptisé Le Tonnerre de Brest.


    Adoncques, "Anachorète !" "Anacoluthe ! " figurent en bonne place dans le riche répertoire de jurons du Capitaine.

    L'anachorète, j'avais une vague idée de ce que c'était. Si on veut le rencontrer sur le site, il faut aller lire Chveïk, il y est ! J'imaginais un ermite, un humain vraiment isolé de tout et de tout le monde. C'est cela, en y ajoutant une dimension religieuse. L'opposé, m'ont soufflé les hommes de ma famille autour de la table dominicale, c'est le … "xénobite", heu le … "zénobite" ! Ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord. Le "dico" a tranché : le cénobite ! Lui aussi est un religieux, qui met un point d'honneur à vivre en communauté, mais une communauté de religieux comme lui. Est-ce que ces deux sortes d'"énergumènes" se livrent au prosélytisme ?

    Comme les chrétiens mormons, que dans ma jeunesse je voyais sillonner les villes deux par deux à bicyclette en costume foncé et cravate, comme les Témoins de Jéhovah ? Comme l'effrayante pieuvre de Ron Hubbard, la Scientologie. Comme Opus Dei ? Eux aussi sont suspects et semblent se comporter comme une secte, tout en restant intégrés à l'Eglise catholique …


    Je pose la question : l'Abbé Pierre, Sœur Emmanuelle, le prêtre Guy Gilbert (que j'ai croisé dans mon quartier autrefois), le jeune "trader" boursier devenu moine peuvent-ils se ranger dans la catégorie des cénobites ? Là, Dominique pourrait nous éclairer …


    Quant aux anachorètes, je n'en connais pas de célèbres. Jean Baptiste, qui se retirait dans le désert, vêtu exclusivement de peau de chameau et ne se nourrissant que de sauterelles, pour prier, pour être plus près de Dieu, se tenant sur un pied comme un échassier peut-il être défini (entre autres caractéristiques) comme un anachorète ? En réfléchissant, je ne crois pas, s'il en avait été un, il n'aurait pas laissé les foules venir autour de lui pour l'entendre prêcher la bonne parole, il n'aurait pas baptisé Jésus et, comble de l'horreur, Salomé ne serait pas tombée amoureuse de lui, d'une passion non partagée, ce qui a valu à Jean Baptiste de finir la tête tranchée, posée en cadeau sur un plateau …


    Que je n'oublie pas l'anacoluthe, surtout ! Là, je viens de découvrir la signification du mot.

    Ce que je pensais être une incorrection, du style de ce qu'on entend quelquefois sur les répondeurs téléphoniques :

    "Etant absents pour cause de voyage de noce, veuillez laisser un message et vos coordonnées",

    n'en est peut-être pas, finalement, d'incorrection !


    Ben oui, quoi, moi sur mes bonnes grosses bases de grammaire simples mais solides, je considère cette phrase comme une erreur, le sujet de la proposition principale n'étant pas le même que celui de la proposition subordonnée !

    Ah ah, pas si simple, puisque ma recherche sur le net m'a mise nez à nez avec ces vers de Baudelaire :

    « Exilé sur le sol au milieu des huées /
    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher »

    (Baudelaire, « L'Albatros » dans Les Fleurs du Mal).


    Cette façon de s'exprimer est donc une figure de style, qui dissimule dans son bec des non-dits et des sous-entendus, que les lecteurs, ou les auditeurs sont supposés trouver tout seuls ! Mais chez Baudelaire, l'albatros, même s'il n'est pas sujet de la proposition principale, est bien présent, ses ailes sont le sujet mais c'est lui que ses ailes "empêchent de marcher" …


    Alors, pour que le message téléphonique que j'ai créé plus haut soit correct et devienne à son tour une figure de style, une anacoluthe, il doit falloir transformer un peu la phrase :

    "Etant absents pour cause de voyage de noce, veuillez nous laisser un message et vos coordonnées, nous nous ferons un plaisir de vous rappeler".


    Peut-être que ce message restera sans suite, d'ailleurs, si le voyage de noce ne s'est pas bien passé et qu'ils n'ont pas envie de rappeler. Peut-être qu'il ne faut pas faire une telle confidence, des fois que des cambrioleurs potentiels soient au bout du fil. Mais je garderai l'idée du voyage de noce car, par association d'idées, ma pensée s'évade et je suis en train de me choisir une île pour aller y rêver, dans les bras de Morphée.


    Note concernant le Tonnerre de Brest :
    Lu dans "Détours en France, Bretagne, spécial Brest" de juin 2009

    "A quoi l'interjection de prédilection du capitaine Haddock dans les aventures de Tintin fait-elle référence ? Aux coups du canon -chargé à blanc- qui annonçaient chaque jour l'ouverture (à 6 heures tapantes) et la fermeture (à 19 heures précises) de l'arsenal. A ne pas associer avec le canon du bagne dont le tir signalait à la population l'évasion d'un forçat.
    Le "tonnerre de Brest" s'est tu à la fin du XIXe siècle. Il ne retentit plus qu'à l'occasion de la Fête nationale."


    Réflexion à la suite de la note !
    Mais ... ce canon de l'arsenal ... devait être le même qui "sonnait" l'alerte pour les prisonniers évadés !
    Le bagne ne devait pas avoir de canon ...


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  • Quelques jours se sont écoulés.
    « - Sais-tu si nos nouveaux amis en ont encore pour longtemps à explorer notre Terre, Dodue ? » s’inquiète Lena tout en rangeant ses courses.
    «  - J’en ai une idée, Lena ! Néan m’a informé que Cassandra a obtenu une prolongation de séjour, car elle planche sur sujet intéressant et tient à obtenir des conclusions aussi complètes que possible, en positif comme en négatif … J’espère qu’elle nous en touchera un mot quand elle passera. En attendant, ce qu’il y a à retenir, c’est qu’on leur a accordé plusieurs mois ! »
    «  - Super ! On va apprendre des trucs, on va voir à quoi ressemble Néan … »

    Plus tard dans la soirée. Driiing ! Petit coup de sonnette, deuxième coup plus énergique, suivi de plusieurs petits coups rythmés et joyeux …
    «  - On n’attend personne ce soir », réfléchit Lena en allant jeter un regard dans l’œilleton.
    «  - En tous cas, pour sonner comme ça, c’est quelqu’un qui se trompe de porte, ou quelqu’un qui te connaît » conclut la Fée, avant de se fondre dans la tapisserie, par précaution, mais bien décidée à ne pas perdre une miette de la situation, voire même à intervenir.
    Mais à sa grande stupéfaction, Lena n’hésite pas et ouvre sa porte en confiance. Une sorte d’homme des bois, brun, chevelu, barbu, un genre de Sébastien Chabal pas très grand mais tout propre et tout sec, vêtu comme Cassandra, d’une combinaison aux couleurs indéfinissables, s’avance dans l’appartement en demandant qu’on l’excuse d’avoir joué avec la sonnette, que c’était trop tentant.
    «  - Ne vous cachez pas, Miss Dodue, avec moi ça ne marche pas ! »
    «  - Néan ? C’est vous ! »
    «  - Ouais, je n’pensais pas qu’on pourrait se matérialiser auprès de vous, mais not’ Chef a le bras long, on a eu l’autorisation. Je ne suis d’ailleurs pas tout seul, mes deux p’tits camarades sont avec moi ! »

    Dodue s’aperçoit alors que Lena, le dos tourné, comme statufiée, n’a pas refermé sa porte. Puis elle accueille d’un large mouvement de bras deux individus pour le moins surprenants, qui entrent timidement. En tête, un grand lémurien de la taille d’une panthère, à la démarche lente et souple, qui observe attentivement les lieux avant de poser son regard rassuré sur Dodue et sur Lena et de leur faire … un clin d’œil. Derrière lui, un robot, tout ce qu’il y a de robot, mais qu’on peut qualifier d’humanoïde, doté d’un visage, d’un corps et de membres d’un métal étonnamment mouvants.
    «  - Bonjour Mesdames » articule le robot de sa voix synthétique, mais Dodue et Lena sursautent car elles croient entendre le timbre et les intonations de Michel Roux quand il doublait Tony Curtis dans « Amicalement Vôtre ». « Nous sommes contents de faire halte chez vous ce soir. Nous avons voulu vous surprendre en arrivant comme des humains. Notre téléportation dans votre univers, grâce au programme informatique que m’a fait passer la Chef, est une réussite presque parfaite ! »
    «  - On peut dire ça, Nordin » ricane Néan, « sauf qu’on s’est retrouvé dans l’ascenseur arrêté au 20ème étage et qu’il a commencé aussitôt à descendre. On a dû bricoler un peu pour qu’il ne marque pas les arrêts demandés et on a aussi un peu hypnotisé vos voisins pour qu’aucun n’ait l’idée de débouler dans votre couloir au moment où nous y étions ! »
    «  - Néan, t’es pas sympa, ici je m’appelle Danilo ! »
    «  - Danilo ? Comme le grand robot d’Isaac Asimov ? » s’émerveille Lena.
    «  - Oui Madame, pour vous servir. Ça me plaît de penser que j’pourrais être comme lui. Depuis qu’on est dans les parages, c’est fou ce que j’ai lu et emmagasiné comme données. Et ma voix, elle vous va ? Mon vrai nom, c’est Nordin, comme « nordinateur », car c’est en fait ce que je suis. »

    « - Eh ben, mais c’est moi la seule humaine ici ! » s’esclaffe Lena.
    « - Aaah, au sens propre, j’en suis un aussi, Lena » précise Néan, « un hominien comme vous, mais descendant de la branche néandertalienne (avec ou sans « h », comme vous voudrez), vous c’est la branche « cromagnonesque » ! Sur Terre, Neandertal a disparu mais les météorites porteuses ne sont pas tombées que sur votre planète, en tous cas par uniquement dans votre section de l’univers ! »
    «  - Alors, voilà un mystère éclairci : nous sommes tous des extraterrestres ! Et il faut que nous gardions cela pour nous ?! »
    «  - Oh, Lena, il faut relativiser devant l’immensité de la Création ; l’univers au sens où vous l’appréhendez n’est pas le seul, moi j’en ai déjà exploré quatre différents. Il y a des humains partout ! N’est-ce pas plutôt ça la bonne nouvelle pour vous ? »

    «  - Popop ! Hominiens, humains, vous êtes aussi des primates, hein, rappelez-vous ! Comme les singes qui sont vos cousins et comme … les lémuriens, dont je suis ! »
    C’est une voix purement mentale, néanmoins légèrement agacée, ou vexée, qui a afflué dans les esprits de Dodue et Lena, une voix tout empreinte de multiples sensations : bruissement de feuilles, odeurs de mousse, de champignons, de fougères, chants d’oiseaux, crissement de serpents …
    «  - Pardon, Gascarina, je mobilise toute l’attention et je ne t’ai pas présentée. Voici notre équipière, à Danilo et moi. Elle est belle, n’est-ce pas ? »

    «  - Gascarina, vous pensez comme nous, vous nous comprenez ? » veut savoir Lena, à moitié étonnée car cela fait longtemps qu’elle cherche à communiquer avec les animaux terrestres supposés ne pas être dotés de conscience, et elle a déjà obtenu des résultats probants. «  Oui, vous êtes bien jolie, j’ai envie de caresser votre fourrure mais comment allez-vous prendre cela ? »
    Gascarina la fixe droit dans les yeux, y lit toute l’admiration et l’affection qui s’y trouvent et pose sa tête blanche et grise aux yeux rouges cerclés de noir sur les genoux de Lena.
    «  - Quelques gratouilles derrière les oreilles, caresses sur le dos, je ne crache pas dessus ! Vous pouvez y aller, je n’ai pas de parasites !  En échange, je vous vais vous faire ressentir en pensée mes plus beaux souvenirs de vent frais dans mon pelage, de dégustation de verdure excellente à mi-hauteur dans les arbres, de découverte joyeuse d’un petit ruisseau où tremper la langue quand on est assoiffé. »

    « - Ensuite Lena, on vous laisse dîner, on se repose dans vos fauteuils et votre canapé. On suivra vos émissions de télé aussi, si vous le voulez. Mais après, Danilo et moi nous allons vous raconter le bel exploit de Gascarina, quelque part entre Wichita et Topeka ! »
    «  - Où c’est ça ? » dit Dodue.
    «  - Dans le Kansas, aux Etats-Unis. Gascarina y a été envoyée en mission pour chasser le papillon ! » répond Danilo sur un ton de plaisanterie.
    «  - Sacré farceur, regarde leurs têtes ahuries, Gascarina ne ferait pas de mal à une mouche, encore moins à un papillon, mais l’effet du même nom, elle connaît !"

    A suivre

     

    Lenaïg


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  • Vais-je souhaiter un joyeux Noël à mes amis qui viennent lire et écrire sur ce blog nouvellement créé ? Même si c'est conventionnel et sans originalité, foin des réticences, je vais le  faire, en m'adressant aux grands enfants qui se cachent en nous tous, quelle que soit la lettre qu'ils ont pu écrire au Père Noël ou au Petit Jésus (même sans l'envoyer ... dans leur tête, seulement) ...

    Oui, je souhaite un joyeux Noël aux grands enfants qui ont eux-mêmes des enfants et des petits-enfants et qui revivent à travers eux leurs Noëls passés, ou les Noëls qu'ils n'ont pas eus.

    Je souhaite à ceux qui n'aiment pas cette période festive obligatoire, parce qu'ils se sentent plus seuls que d'habitude ou parce qu'ils détestent les réunions de famille, que ce temps des sapins et des guirlandes, du foie gras, de la dinde ou du chapon passe le plus vite possible.

    Alors, bonne messe de minuit à tous ceux qui vont y aller (mais souvent la tradition est ébréchée, car l'heure de la dite messe est avancée) et grande paix royale à ceux qui se calfeutrent chez eux, en dégustant des huitres s'ils les aiment et s'ils peuvent s'en offrir, ou un peu de saumon fumé, tout en regardant un passionnant DVD !

    Bises virtuelles

    Lenaïg

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  • Du café, je n’ai que ce mot à la bouche et j’ai encore une tasse devant moi. J’aime bien aussi le thé, mais comme je suis droguée, c’est là que mon goût porte bien plus volontiers. La machine m’a lâchée, pas grave. Je commence à me réhabituer au filtre en plastique posé sur la verseuse rescapée. Debout dans ma cuisine sans fenêtre (il y a eu des architectes qui ont osé concrétiser cette hérésie et cette inhumanité), dans ma cuisine donc, où se tenir à deux relève de l’intime, je prends le temps de le préparer, la radio allumée.

    Des radios, j’en ai dans toutes les pièces, je peux continuer à écouter, même dans les "cabinets" !
    Les cabinets, en fait, ne sont pas séparés, ils font corps avec la salle de bain. Trente mètres carrés à tout casser, il ne faut pas rêver. Mais c’est mon trou, ma tanière, mon terrier, je ne m’y ennuie jamais. Le lapin s’y sent bien, la loutre un peu moins, sauf quand elle se plonge dans le luxe d’un bain. Un bain, c’est devenu très rare, l’eau est un bien précieux. Un bain avec de la mousse ou des clapotis bleus, j’ai quand même testé. Je n’ai jamais eu de canard (ah, celui-là, il arrive à pointer son bec là !), mais une grenouille verte, offerte par ma Mère dans un petit élan de tendresse spontané, ça j‘ai. Elle est à remonter, ensuite elle se met à nager. Elle a perdu presque ses yeux peints, qui se sont effacés. Pauvre grenouillette ! Elle a vieilli encore plus vite que moi. Quoique mes yeux à moi, je ne peux pas m’en vanter.

    Après tout, la myopie et l’astigmatisme présentent de la magie. Quand on ne porte ni ses lentilles ni ses lunettes, on distingue flous les formes et les contours, mais on voit les couleurs et elles éclatent dans toute leur splendeur. Quand j’étais petite, encore bébé, c’était le pissenlit ma belle fleur préférée. Dans la traction avant (ça, c’était de la bagnole !), quand mon Père conduisait et que je criais "F’eur !", il saisissait l’urgence et il s’arrêtait et sortait, pour cueillir la dite "f’eur" et il me la donnait. Ce soleil miniature me faisait rêver tout au long du trajet, sous l’œil amusé du Papa, qui pointait quelquefois dans le rétroviseur. Et, toujours sans prothèse, si on regarde par la fenêtre la nuit, on n’est pas déçu, les globes des réverbères se transforment en milliers de taches de lumière groupées en boules mystérieuses, surgies d’un autre monde, car je ne distingue pas … les pieds !
    Tiens, de fil en aiguille, je repense à mon Frère, un jour de fantaisie, qui m’avait lancé "viens voir à la fenêtre, un troupeau passe, elles se sont échappées !". "Qui ?" avais-je demandé sans me déplacer, car je le connaissais. "Ben ! Qu’est-ce que tu es en train de cuisiner ?" vint-il me dire, car c’était de l’autruche que je préparais ! C’est fou ce qu’on peut voir à la fenêtre quand on "sait" regarder.

    Pour en revenir à la "buvaison", je crois pas que le mot existe dans le dictionnaire et je ne veux pas vérifier, il est "trop" magnifique et Hosannam l’a inventé. Il évoque pour moi l’étanchement de la soif sous des frondaisons, ou à l’abri dans sa maison. Nous disons "une boisson", nos amis canadiens disent "un breuvage" ;  je le sais car, en Italie, je l’avais appris à leur contact, quand nous étions tous assis à boire des sodas. Breuvage, c’est bien mieux, n’est-ce pas la Fée ? C’est nous, traites français, qui avons abandonné ce beau mot dans la vie courante, quelle erreur ! Pour en revenir donc à la buvaison de thé ou de café, la question me transporte car j’aime voyager, ne serait-ce que par la pensée.

    Chez mes logeurs anglais, Mr and Mrs Smith pour ne pas les nommer (je garde leur nom secret, oh puis non, ils s’appelaient Pitters), c’est du thé qu’on buvait. J’aurais pu m’obstiner, me faire du café, mais je voulais avec eux partager le goût du thé au lait. Je me trouvais en Angleterre à travailler et je voulais m’immerger. Quand je reviens sur cette année-là, j’avoue que ce fut une des plus belles de ma vie. Mais c’est une autre histoire, peut-être à raconter. Et le laitier ? Qui vers six heures du matin s’arrêtait devant toutes les maisons, pour déposer aux portes une, deux, trois bouteilles de lait frais. Le bruit de son véhicule à trois roues sonnait le réveil, l’heure du lever. Il n’était pas anglais ce monsieur, c’était un Allemand ayant fui les horreurs de son pays troublé, il avait fait son trou en Angleterre, il était accepté. J’acceptais même de Mrs Pitters le week end à l’heure du déjeuner une tasse de café au lait (jamais de lait en France, pour moi, dans le café), c’était si naturellement et gentiment proposé et je voulais avec eux "communier".

    Et voilà qu’il paraît que le lait dans le thé, c’est pas bon pour la santé, le lait annihilant certaines propriétés du thé. Pourtant, pour le moral et pour défatiguer, qu’est-ce que c’était bon ces nice cups of tea with a cloud of milk ! On vient de nous dire aussi que ce n’est pas la peine de s’évertuer à boire des litres d’eau dans la journée, que cela n’apporte rien à la santé. Quand je vous disais qu’on n’en finit pas de jouer les apprentis sorciers. Sans que cela ait un rapport direct avec ce que je viens de dire, il se dit que certains scientifiques se laissent payer par des firmes dévergondées pour asséner des vérités qui par tout le monde sont gobées et c’est comme cela que certaines habitudes alimentaires sont créées.
    Bon, il est temps d’arrêter mes divagations et de vaquer à de plus prosaïques préoccupations. Cela m’a permis une pause dans les dures réalités, la grève des enseignants, les miennes, la catastrophe en Chine, la misère des Birmans, les attentats, les assassinats. Je tâcherai d’aller faire un clin d’œil au Canard de Tof’, mais je travaille dur sur mon effet papillon et mes castors bien mignons, il va falloir que je m’y remette. J’accoucherai (encore !) peut-être d’une souris, faute d’inspiration et de connaissances poussées, mais une souris, c’est gentil aussi, c’est sa prolifération qui pose question ! Pour finir ici, j’ai entendu ce matin que le pigeon ramier, s’il a perdu ses dents, en a eu dans le temps, car son ancêtre, c’est le T-Rex !

    Jeudi 15 mai 2008

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  • "Pseudotanka" des sapins de Noël


    C'est bientôt Noël.

    Je n'ai pas fait de sapin,

    Routine rompue.

    Me contenter d'admirer

    Tous ceux qui sont déjà faits.


    Guirlandes et boules

    n'étincelleront donc pas

    Cet hiver chez moi.

    J'irai contempler ailleurs

    Ces symboles du bonheur.


    Un bonheur factice ?

    Obligé feu d'artifice ?

    Juste une imposture ?

    C'est sans trêve ni repos

    Pour la misère et la guerre.


    Si l'adulte est las

    De ce qui ne change pas,

    l'enfant fait sa lettre.

    Pèr' Noël, enfant Jésus,

    Il ne faut qu'il soit déçu.

    ***

     

    "Néo-tanka" du nez en hiver


    J'ai le nez glacé

    Qui ne se réchauffe pas.

    C'est qu'il est trop grand

    Et ne fait que dépasser

    Du bord du col relevé.


    Un verre en carton

    Contenant du café chaud

    A sauvé mon nez.

    Ce verre était assez large,

    Mon nez en a profité.


    Mon nez s'est penché

    Dans le grand verre en carton

    De café fumant

    Pendant que je le buvais.

    Ce fut un double bienfait.


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