• PROMENONS-NOUS DANS LE BOIS… - 3/4 - RAHAR

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    Je suis devenu le guide Hiram Plassabe, celui qui connaît le mieux la forêt de l’Est ; en fait, cette forêt n’a jamais été explorée à fond… ou même en surface. Seuls quelques braconniers et des misanthropes y vivent en solitaires. Le vrai Hiram est en catalepsie : j’ai utilisé un mélange vaudou contenant de la tétrodotoxine. Il se réveillera dans trois jours environ, plus ou moins frais… et plus ou moins dispos, mais sans séquelles. Je pense que ce délai me suffira amplement.

     

    Je demande à ce vieux brigand de Romain de s’introduire dans le réseau de l’opérateur téléphonique et de rediriger les appels du guide vers mon portable. J’introduis un minuscule modulateur dans mon appareil pour changer ma voix. Juste à temps : je reçois l’appel du prof.

     

    Hiram est un quinquagénaire un peu bedonnant, mais il possède une vitalité extraordinaire. C’est un paquet de dynamite. J’ai dû teindre mes cheveux, gonfler mes joues avec de la ouate et appliqué un bedon de siicone à mon ventre plat. J’ai expliqué à Yvonne et à Dany que je dois aller en mission pour quelques jours, avant de m’installer à l’hôtel. Après m’avoir donné un bisou, le gamin m’a surpris par une question inattendue.

     

    — Dis p’pa, tu peux m’espliquer comment quelqu’un n’est plus avec nous, mais qu’il n’est pas mort ?

    — Tu veux parler de fantôme, je suppose.

    — Non, non, je sais qu’un fantôme est déjà mort. Mais quelqu’un qu’est pas mort, mais en même temps on le sent plus ici.

    — Tu me poses une sacré colle là, mon petit. Je donne ma langue au chat.

     

    En pénétrant dans la forêt, je ressens une petite onde glacée. Je me remémore désagréablement mes démêlés avec les chasseurs d’homme, bien que le gang ait été démantelé. Le but du prof est un site repéré sur une carte satellite ; les ruines étaient difficilement discernables, mais Hiley Impetaukey a de la compétence et de l’expérience. On est assez loin de l’Atlantide, mais les Atlantes rescapés ont dû bourlinguer de par le monde. Si ce n’étaient pas les Atlantes, les Olmèques… ou autres mecs, auraient bien pu avoir eu une colonie ici.

     

    Le prof est accompagné par une assistante et un porteur. Avec l’aide inappréciable de Romain, je trouve sans trop de difficulté une itinéraire acceptable, en dépit des détours et obstacles. Le localiseur piqué à l’armée y a été pour beaucoup ; le bidule est au GPS ce qu’une boussole est à un navigateur inertiel. Je ne sais pas pour Hiram, mais même avec un GPS, il n’est pas facile à un guide ordinaire de trouver son chemin, c’est comme si la forêt était enchantée. En réalité, il y a des tas de configurations semblables, comme dans un labyrinthe, et on se perd facilement.

     

    Au cours d’une pause, je m’approche du prof qui s’est assis à l’écart. Il fume une pipe d’écume et griffonne sur un calepin, tout en consultant une très vieille carte. Le petit compteur Geiger modifié que j’ai dans la poche se met à vibrer. Il est maintenant sûr que le prof a sur lui l’artefact radioactif volé. On peut raisonnablement conjecturer que l’appareil dans lequel s’emboîterait le truc, et que le prof affirme avoir trouvé, se trouve certainement dans les ruines.

     

    — Qu’espérez-vous donc trouver là-bas, professeur ? Il semblerait, d’après votre photo satellite, qu’il n’y a que des tracés vagues, il n’y a probablement plus un mur debout.

    — Détrompez-vous, monsieur Hiram, il n’y a pas que les murs qui sont importants. Il y a sûrement des hypogées, des salles souterraines qui renferment des trésors archéologiques.

    — Et vous comptez les trouver d’emblée ? Je ne suis pas archéologue, mais pensez-vous que la seule journée que nous allons y passer sera suffisante ?

    — Vous n’êtes pas un ignare. Nous n’allons faire que quelques repérages évidemment. Il faut tout de même que je vérifie que ça en vaut la peine, n’est-ce pas, avant d’organiser une expédition plus conséquente.

    — Quelle idée aussi de bâtir une cité au milieu de cette foutue forêt !

    — Vous êtes dans l’erreur, Hiram. Il y a plusieurs milliers d’années, cette région était une savane, certainement assez fertile pour y implanter une population prospère, compte tenu de l’étendue des ruines. On verra peut-être pourquoi la zone a été abandonnée.

     

    Et si je volais seulement l’artefact et le remettre à l’AST ? L’entreprise n’est pas du tout évidente. Le porteur est un type vraiment balèze, il m’est supérieur en force et en endurance ; l’assistante du prof est paraît-il, ceinture noire de judo et pourrait me donner bien du fil à retordre si c’était vrai. De toute manière, en épargnant le prof, je perdrai la face aux yeux du Milieu, car tôt ou tard, il y aura des fuites au niveau de l’agence, et je n’aurai plus un seul client, l’Éboueur sera fini.

     

    Je reprends mélancoliquement la tête de l’expédition. Le prof m’est sympathique, mais il ne faut pas que mes sentiments me fassent oublier la dure réalité. Ce savant inconscient doit être neutralisé. Il me faut alors déterminer le moment et l’endroit propices, sans utiliser d’autres armes que mes mains nues. Il y a bien quelques ravins et des passages à flanc de falaise, selon ma carte, je n’ai que l’embarras du choix. Je ne crains aucune enquête, j’ai tout le loisir de disparaître et reprendre mon vrai visage. Le vrai Hiram ne sera pas inquiété, ayant d’une part un alibi irréfutable, et d’autre part son minois ne pouvant pas être confondu avec celui du faux guide embauché, malgré la vague ressemblance.

     

    Je me décide à environ cinq cents mètres des ruines. Nous empruntons un sentier caillouteux longeant un ravin. Je dois profiter d’une légère courbe pour pousser le prof qui me suit de près, courbe qui va nous soustraire à la vue de l’assistante et du porteur.

     

    Je me retourne brusquement et mon bras se détend dans un mouvement coulé. À ma surprise, le prof s’est reculé in extremis, a agrippé mon bras comme un expert en art martial qu’il n’est pas, j’ai fait mon enquête, et j’ai tendance alors à penser que c’est son talisman, son grigri, son bidule, qui le protège ainsi.

     

     

    A suivre

     

     

    RAHAR

     

     

     

    Photo : www.vert-tigetropical.hautefort.com


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 20 Octobre 2011 à 05:17
    Marie-Louve

    Comment Klotz s'est'il laissé prendre à ce contrat ? Il devait bien se douter que contre un grigri on est cuit ! M'enfin. Je ne suis pas au bord de la panique, notre Klotz saura sortir de cette forêt sain et sauf. vivement la suite. Bon matin Léna et merci à Rahar de nous réjouir par ses polars paranormaux. :-)))

     

    2
    Jeudi 20 Octobre 2011 à 10:19
    Monelle

    Aie ! Aie ! Aie ! ça se complique, notre héros esssuierait-il un revers ? non, je suis sûre que Rahar a concocté un super rétablissement !!!

    Bonne journée à vous deux !

    Gros bisous

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