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    Note : cette suite reste inspirée par l'idée de jeu de Marc Varin sur son forum Plumes au vent.
    Elle a bien sûr été postée en priorité sur Plumes.

    ***

     

      Souris du Chat Botté

     

     

    Preux Chevalier Stellamaris, vos désirs sont des ordres : voici la suite et la fin de l'histoire.


    Un jour, il y eut un grand remue-ménage dans l'habitation attenante au moulin : le meunier était mort. Notre souris, curieuse de nature, avide de connaître le monde autour d'elle, décida de faire incursion discrète dans la cuisine, où la famille humaine s'était d'abord rassemblée et qui était maintenant désertée. Désertée ? Par les humains. En effet, Damoiselle Souris y vit le chat, qui ne dormait pas au coin de l'âtre comme à son habitude. Il se tenait debout au milieu de la pièce, la queue agitée de grands mouvements de balancier, signe d'extrême perplexité.

    "Nerveux comme il est, s'il m'aperçoit, il risque de me sauter dessus sans que j'aie le temps de dire ouf et il me croquera toute crue". Elle se trompait en l'occurrence, car Messire Chat avait complètement perdu l'appétit : l'affaire était trop grave. Damoiselle Souris n'aurait pu le deviner, d'où sa prudence. Du fond de son petit trou, la souris siffla ! Le chat, grandement surpris, déjà tout électrisé par l'émotion, s'approcha du trou dans la plinthe en crachant, poil hérissé.

    "- Salut Matou ! Serais-tu dans l'embarras ?"

    A ces mots, le chat, oublieux qu'il parlait à une proie, déballa son fardeau :

    "- C'est bien peu dire ! Le meunier vient de mourir. Voilà qu'il m'a cédé à son plus jeune fils et celui-ci, qui n'a pas un sou, ne sait guère où il va aller loger, il envisage en plus de me faire en civet !"

    Messire Chat s'interrompit brusquement et s'écria :

    "- Mais qui es-tu, avec qui je converse comme si on se connaissait depuis toujours ? Une souris, si j'en crois l'endroit où tu te terres ... Une souris qui sait parler l'humain ? Je croyais qu'il n'y avait que moi qui savait accomplir cet exploit, car ainsi m'a fait mon créateur Charles Perrault."

    " - Eh oui, je ne suis qu'une souris mais je parle aussi, même si ma voix est bien tremblotante et faiblarde car je n'ai pas trop l'habitude et jusqu'à présent, ma famille n'a fait que s'en moquer ... Je veux bien sortir si tu promets de ne pas te jeter sur moi. Allons, ne te désespère pas, je te connais : même le meunier t'admirait pour tes prouesses. Tu as déjà plus d'un tour dans ton sac, comme : quand pour prendre des rats et des souris, tu te pends par les pieds ou tu te caches dans la farine pour faire le mort [termes exacts du conte de Perrault]. Tu es en forme, bien nourri (bien des membres de ma famille en ont fait les frais), athlétique, tu ne manques certainement pas d'idées ... Et moi ! J'en ai plein qui fourmille !
    Je te propose une alliance, toi et moi pour sauver la mise à ton nouveau maître et nous dessiner à nous aussi un brillant avenir !"

    " - Tope là, Souricette, rejoins-moi au grenier, tenons notre premier conciliabule !"

    Ce soir-là, un premier plan d'action fut élaboré et mis à exécution dès le lendemain. Messire Chat fit sa demande de bottes à son nouveau maître, qui se rendait bien compte, déjà, qu'il n'avait rien à y perdre mais plutôt à gagner et misa ses derniers deniers auprès du cordonnier.

    Re signé : Lenaïg, qui ignore si c'est la fin du texte du parchemin. C'est pour le moment tout ce que Fée Dodue lui a fourni, en lui cachant s'il restait encore quelques lignes, ou pas ! Fée Dodue, fée têtue ? Alors, à suivre, peut-être !

    ***

     

     

      chat botte11

     

     

     

    Voilà, voilààà ! Suite ... et FIN !

    Une fois chaussé de ses bottes, Messire Matou se sentit ... un autre homme et la confiance lui revint.
    "Il faut attirer à ton maître les faveurs du roi" lui souffla la souris, qui n'avait pas les oreilles dans sa poche. Au chaud dans la botte gauche du chat, elle avait en quelques jours voyagé plus qu'elle n'avait eu l'occasion de le faire dans sa jeune vie et beaucoup appris sur ce qui se passait dans le pays. Messire Chat fit le reste, tendit ses pièges : un lapin, deux perdrix en perdirent la vie. Le roi se montra ravi de ce comestible cadeau.

    Ce fut aussi le Chat Botté qui eut l'idée de nommer son maître Marquis de Carabas, mais ce fut Souricette qui remarqua la jolie princesse royale à marier et inventa le stratagème de la fausse noyade, pour que le dit marquis fût remarqué de la fille du roi, ensuite ... noblement vêtu !
    Messire Matou prit l'initiative de terroriser les faucheurs puis les moissonneurs pour qu'ils affirmassent au roi qu'il était sur les terres du Marquis de Carabas. Là, Souricette, dans sa botte, n'était point d'accord avec la méthode employée mais elle n'en voyait pas d'autre.

    Et Souricette poussa le chat à se rendre chez l'ogre, à qui les terres en fait appartenaient ; le temps pressait, le jeune fils du meunier allait bientôt se faire mettre à la porte par son frère aîné ... Souricette calma la frayeur du chat quand il vit l'ogre se transformer en lion pour l'épater et lui intima l'ordre de demander à l'ogre, doué mais pas futé, de prouver qu'il pouvait se faire aussi ... souris. On sait ce qui arriva : plus d'ogre, place au Marquis de Carabas, dignement relogé.

    Les événements se précipitèrent : Carabas épousa sa princesse royale, Messire Chat et la désormais Dame Souricette connurent une existence longue et dorée. Souricette, généreuse, exigea qu'on traitât mieux les travailleurs dans les champs, qu'on cessât de les gréver d'impôts. Elle obtint satisfaction, elle, petite ombre grise, si petite mais si puissante.

    Sans que Chat Botté n'eût démérité, il n'était que justice que le parchemin retrouvé complétât la vérité.

    Signé : Fée Dodue, qui n'allait pas garder pour elle seule cette superbe facette de la réalité. Ceux qui voudront bien y croire se sentiront un peu moins niais a-t-elle décrété ! Nounoursette Lénaïg ? Epuisée, elle est allée se coucher.

    ***

    Illustrations :

    Souris => coloriage.gulli.fr

    Chat Botté => mescoloriages.com

     

     

     


    2 commentaires
  • souris-ordinateur67

      

     

    Bonjour, gentes dames et damoiselles, nobles seigneurs et damoiseaux !


    Vous vous souvenez tous, plus ou moins sans doute, du conte officiel de Charles Perrault, Le Chat Botté.
    Vous n'ignorez peut-être pas qu'il existe une version apocryphe (que votre "serviteuse" a exposée ici, déjà : Le Chat Botté, un autre son de cloche). Le Chevalier troubadour Stellamaris, grand explorateur de la mystérieuse forêt de Huelgoat, après lecture de cette nouvelle version, a exprimé son impression que cette histoire, même revisitée, n'était pas terminée, lançant ainsi à votre "serviteuse" un gentil et malicieux défi ...
    Chevalier, vous avez raison, j'ai presque terminé de déchiffrer le parchemin que ma Fée Dodue a déniché. Je ne vous fais plus languir et vous livre céans ce qui est apparu en clair. Il se peut que pendant que j'opère la frappe des éléments connus, Fée Dodue en arrive à bout et que nous puissions vous servir le tout sur un plateau.

    D'abord, un petit résumé de la situation. Dans le conte de Perrault, un meunier meurt. Avant de passer dans l'au-delà, il partage ses biens entre ses trois fils : le moulin qui marche bien à son aîné, son âne au second fils, son chat au benjamin. Le plus jeune est le plus mal loti et pense qu'il ne lui reste plus qu'à manger son chat, sans savoir ce que le sort lui réservera ensuite. Le chat, qui comprend et parle le langage des humains ne se laisse point faire et devient le complice avisé de son nouveau maître pour le tirer brillamment de l'embarras. Pour les détails, veuillez relire le conte.
    La version apocryphe souligne l'importance d'une souris, qui pour éviter à son tour d'être croquée par le chat, utilise le même stratagème que le matou et devient son éminence grise.

    Il est temps de commencer notre suite. Focalisons-nous sur les BOTTES du chat. Personne ne s'est jamais interrogé sur le rôle, l'importance de ces bottes, demande incongrue au premier chef pourtant, de la part du chat ? Oui, car il ne s'agit pas des bottes de sept lieues, aucun pouvoir spécial ne leur est conféré, à part rehausser la prestance du maître matou ... Entrevoyez-vous, à la lecture de mes propos, QUI suggère au chat d'obtenir ces bottes ? Notre souris, qui, blottie dans l'une des bottes (elle a une préférence pour la gauche), accompagne le chat dans toutes ses expéditions !
    Repassons aux temps verbaux du passé, pour respecter le parchemin.

    La souris vivait avec sa nombreuse famille, dont bien des membres avaient été décimés par le chat du meunier. Sa maman donnait naissance à de larges portées de souriceaux tous les quinze jours environ. Elle-même, au milieu de ses quatorze frères, avait dû se bagarrer, pour têter. Il n'y avait jamais une tétine de libre pour elle ; elle avait appris à mordre et griffer pour écarter un peu ses frères gloutons. N'ayant aucune envie de subir le sort de sa mère, elle n'était pas pressée de s'unir ni d'enfanter bien que maintenant en âge de le faire, ce serait pour plus tard et elle se montrait si farouche qu'aucun male souris ne l'approchait !

    Elle avait le don de comprendre le langage des humains, ce que la gent souris habituellement ne saisissait pas, ou ne se donnait pas la peine de faire. On sait déjà que le chat, lui, parlait et tout le monde, y compris le roi, trouvait cela normal. Elle s'était même un peu essayé à prononcer des mots humains, de sa toute petite voix. Ses cousines l'avaient surprise et s'étaient moquées d'elle. Elle passait pour une excentrique mais on lui pardonnait ses élucubrations car elle n'avait pas son pareil pour revenir au logis familial en apportant, serrés entre ses dents des douceurs du fournil ou de la cuisine du meunier, où l'on mangeait fort bien. Son secret était d'avoir compris qu'il ne lui fallait pas laisser de crottes sur son passage. Au fond, elle n'avait qu'un seul ennemi : l'affreux matou du meunier.

    Fée Dodue me tire par la manche, m'annonce qu'elle a terminé de déchiffrer le parchemin mais me conseille, en fait, de ne pas tout révéler d'un seul tenant. Elle veut du suspense. Votre "serviteuse" écoute donc sa fée et va revenir très bientôt vous livrer les dernières lignes de cette nouvelle version incroyable, sauf si on est de bonne volonté !

    A suivre !

     

    Lenaïg et Fée Dodue

     

    Note : posté ce jour aussi sur Plumes au vent, pour le nouveau jeu de Marc Varin : le jeu des suites.

     


    5 commentaires
  • gotlib-mouse6Résumé :

    Un meunier meurt, laissant à son aîné son moulin, au benjamin son âne et au cadet son chat.

    Le cadet se trouve lésé, c'est compter sans son chat, un être extraordinaire qui parle comme les humains, qui intrigue, complote et réussit à transformer son maître en marquis de Carabas et à lui attirer les faveurs du roi et la main de la princesse qui va avec !

    Accessoirement, ce chat porte des bottes, juste une coquetterie de l'époque. Ce ne sont pas celles de Sept Lieues ; celles-là appartiennent à l'ogre du Petit Poucet … Quoique …

    Notre chat est aussi grand consommateur de souris et de rats, parvient à capturer un lapin et deux perdrix pour les apporter au roi.

    ***

    La narratrice rapporte ici un autre son de cloche, qu'on pourrait qualifier d'apocryphe. Cela, Charles Perrault ne pouvait même pas le concevoir. L'auteur n'a pas pris la peine de se pencher sur le cas des souris, vite englouties.

    Dans les films de James Bond ou les polars d'OSS 117, il faut se rappeler le sort réservé aux filles et pourtant c'est moderne par rapport à Charles Perrault : les filles, c'est juste fait pour vous aguicher, pour se livrer à votre plaisir et … on les tue quand on les a assez vues …


    Rien n'a changé en ce bas monde, même si aujourd'hui les hommes se sentent obligés de mettre les formes : les "beaufs" sont toujours là, conserve le même schéma de pensée mais n'osent plus l'exprimer partout ni de manière directe. Oh, bien sûr, certaines femmes servent encore leur cause, ce sont les malheureuses qui arborent des prothèses mammaires énormes par exemple (pauvres Lolo Ferrari, Pamela Anderson et autres) ou qui passent leur temps au restaurant à se mirer dans la glace en face. Leur drame se situe dans les racines brunes de leurs cheveux qui se voient un peu trop lorsqu'elles n'ont pas eu le temps, ou l'argent, de passer chez le coiffeur. Un choix de vie.

    D'autres femmes tombent dans le découragement, ou la "désabusion" (j'emprunte le terme à Nino Ferrer) quand elles prennent conscience de la dictature du physique et de la prédominance de l'image sur la pensée en ce qui concerne la moitié de l'humanité. On peut ajouter que ce phénomène gagne l'autre moitié de l'humanité maintenant, qui se met à traquer nerveusement ses pattes d'oie devant le miroir, à recourir aussi à la chirurgie esthétique pour rester jeune à tout prix. Ceci posé, on ne peut que louer l'effort de soigner son physique et de garder la forme "sans les formes" mais il ne faut pas exagérer.


    Les femmes qui pensent et à qui l'Église a longtemps refusé une âme, finissent par relever la tête ("Ève, lève-toi !") et se disent : moi qui suis à la recherche de mon âme, je vais la trouver ! Et tant pis s'ILS traitent mes discours d'amalgame … de l'esprit à l'âme, il ne doit pas y avoir sept lieues ; cela nous occupera et pendant ce temps-là, nous ne casserons pas les pieds à nos bonshommes !


    DONC, il y eut UNE SOURIS, dans le Chat Botté, QUI PARLAIT, elle aussi … c'est tellement évident ! Ben oui, le chat le faisait bien et tout le monde a trouvé cela normal, même le roi. Le discours de la souris, dans le conte apocryphe qui m'a été rapporté, fut primordial. Elle tint tête au chat, surpris mais pas idiot loin de là, qui l'écouta. Il fit exactement ce qu'elle lui dit, c'est elle qui lui souffla. Je ne saurai trop vous conseiller de relire le conte officiel pour connaître en détail les exploits du chat, conseillé dans l'ombre par la souris.Gustave Dore le chat botte


    Et cela réussit : à la fin de l'histoire, on en revint au même point.


    Le chat, reconnaissant, fit à la souris une existence dorée, ainsi qu'à la famille de celle-ci. Il revint discrètement et fréquemment lui rendre visite, jusque dans leurs vieux jours à tous les deux. La rumeur court bien -oh, une rumeur a toujours une santé insolente et une grande longévité !- que Moïse était trop timide pour parler en public ; il communiquait avec Dieu mais c'était son frère, à Moïse, qui s'exprimait ensuite devant les foules. Est-ce vrai ?

    Alors, la souris dans le Chat Botté apocryphe, RUMEUR ou REALITE ? La question restera posée.

    La narratrice regrette juste que les perdrix et le lapin de l'histoire n'aient pu être sauvés.


    Lenaïg

    Images :
    leconcombre.com/.../gotlib-mouse6.gif, La souris de Gotlib
    Gustave_Dore_le_chat_botte.jpg, Le Chat Botté de Gustave Doré.


    10 commentaires


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