•  Broche libellule - j dragonfly brooche
     
    Je suis au service de l'ASTRE*, où j'ai débuté ma carrière il y a maintenant quinze ans. Je ne m'explique pas comment, à trente-cinq ans, après tous les affrontements musclés auxquels j'ai participé, moi qui sans mon arme de service me sentirais comme nue, je ne suis pas encore désabusée ni sous anesthésie face aux turpitudes des truands de la galaxie. Mais non ! Après la téléportation de notre équipe de choc sur la planète Gyrature, où je pose les pieds pour la première fois, j'éprouve l'étonnement et l'excitation d'une Alice au pays des merveilles !
     
     
    Il faut dire que les codes de notre mission favorise bien cette lubie ! Me voici "Libellule" ; mon coéquipier, lui, est "Lapin pressé" ! Alors, évidemment ... D'ailleurs, j'ignore qui est à l'origine du plan d'action, si c'est notre patron, en l'occurrence "Pantin chagrin à la folle guibole", ou la commanditaire, la "Reine dans sa Tour d'ivoire", ou les deux concertés ; je ne serais pas étonnée que l'un et l'autre aient été inspirés par Lewis Carroll, tout autant que par les arcanes du tarot, un jeu de cartes plus que millénaire créé sur Terre, qui fait toujours fureur dans les troquets et les tripots pendant les perms ou les escales. Certains jouent devant leurs écrans avec et contre leurs correspondants intergalactiques ou, de visu, en tapant le carton à l'ancienne ! Il faudra que je m'y mette, ça a l'air chouette !
     
    foulard-8-99-hirondelles 
    Mais je poursuis : d'ici trois jours, je dois être dans la place, où je trouverai la complicité de ... l'"Hirondelle". Est-elle aussi noire de chevelure et blanche de peau que je suis blonde et hâlée ? Pour plus de crédibilité extérieure, je n'ai pas été autorisée à voir sa photo. Notre rencontre ainsi semblera fortuite ; seuls signes de reconnaissance : elle portera un foulard imprimé de sternes stylisées, moi une broche libellule ! Miroir, mon beau miroir, m'offres-tu quand je suis devant toi le reflet d'une libellule ? Où sont donc mes deux paires d'ailes agiles et graciles ? Il me les faudra pour séduire le ... "Bouc" !
     
     
    Le Bouc, c'est un des piliers de la synarchie gyraturienne clandestine, le potentat financier, un escroc d'immense envergure, un fêtard fini approchant de la soixantaine, célibataire toujours entouré de jolies femmes voire de très jeunes filles possiblement contraintes et forcées ou attirées par le gain facile et c'est par ce biais-là que je l'approcherai ! Oui, c'est lui ma cible. Je suis ... gréée de stupéfiants stratagèmes top secrets, qui lui jetteront de la poudre aux yeux et lui feront croire qu'il vit en ma compagnie des heures délicieusement érotiques, sans que mon intégrité physique ne soit engagée ni affectée ! Je vais donc troquer ma robe d'Alice contre celle de Shéhérazade, comme dans le Conte des mille et une nuits, mais pour un bouc ! Je pense avoir meilleur goût que cela en matière d'hommes.
     
    Pie voleuse - www.fr.dawanda.com 
    Un deuxième pilier recensé de la synarchie de l'ombre, qui fait régner la terreur et le capharnaüm sur Gyrature : la "Pie voleuse" ! Une femme qui occupe une fonction politique officielle et passe pour une bienfaitrice ... Lapin pressé, elle est à toi (enfin, façon de parler). Ah ! J'allais oublier : la synarchie, en langage codé, est devenue l'"Orchestre" et le reste de notre équipe a pour objectif de découvrir :
    - l'identité du troisième pilier, surnommé l'"Ephéméride", car il s'agit  : soit d'un puissant homme de main, soit d'un gang exécuteur des basses oeuvres et le profil change donc en fonction des individus qui peuvent se succéder selon les ordres donnés.
    - l'identité, enfin, du quatrième pilier, le "Mélomane", le cerveau !
     
     
    L'"immanence", maintenant, c'est le terme désignant la volonté inébranlable de notre commanditaire d'assainir la vie sur sa planète, une cause adoptée d'emblée par notre patron Lapin chagrin à la folle guibole, qui ne s'est jamais consolé de ne plus aller sur le terrain et qu'on a rarement vu sourire ... Sauf depuis que la Reine gyraturienne a réussi à le contacter. La Reine est bien sûr son nom de code. La Tour d'ivoire, la Reine ne s'y enferme pas de son propre chef, elle y est pour ainsi dire prisonnière, persona non grata en raison de sa contestation obstinée, presque à l'égal de son mari, du pouvoir politique légal jugé vendu à la synarchie par les opposants.
     
     Bouc - www.kamizole.blog.lemonde.fr
    Moi, je suis déterminée à livrer au Pantin chagrin le Bouc sur un plateau ! Il tâtera de notre torture à nous. Sans la moindre humiliation physique, sans aucune dégradation corporelle, il sera plongé dans de telles affres psychologiques et constamment sous surveillance pour ne pas se suicider, qu'il avouera tous les noms qui nous manquent et toutes ses vilénies.
     
     
    Par ailleurs, Lapin chagrin compte sur nous pour qu'on lui ramène le "Roi" (donc le mari de la Reine) vivant. Mais on ignore s'il l'est. Le Roi est emprisonné en un lieu à déterminer et probablement torturé. La "catharsis" commencera lorsque les amis du Roi seront mis au courant que celui-ci s'est échappé, au cours de l'intervention "Chaloupe", à laquelle je participerai si ma première mission est réussie. Le "Rite funéraire" symbolisera la déconfiture des piliers et donc l'enterrement de la synarchie. Alors, les révoltés relèveront tous la tête. Pour nous, il sera temps de partir.
     
    Rapport de début de mission terminé.
    J'émettrai ensuite de brefs messages sur l'avancée de mon travail, confiante qu'aucun d'entre eux ne sera un SOS.
    Signé : Agent Libellule.
    ***
     
     
    Note ajoutée par Lapin chagrin :
    Totale confiance ! Si SOS, extirpation immédiate de Libellule (risque calculé : 1 %).
    ***
     
    * ASTRE : Agence secrète contre les truands et leurs exactions.
     
    Lenaïg
    Selon les mots imposés (en gras), pour le magazine L'Esprit de la lettre, sur facebook (Dominique Bar et Freddie Sailor).
     
     
     
    pantin-articule - www.juniorcity.net
     

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  • Préambule :

    Si on veut se donner la peine de lire ce texte, que je classe maintenant en "nouvelle", je conseille de ne pas chercher à comprendre le pourquoi du comment mais de se laisser porter par ... les événements. Le monde dans lequel nous sommes plongés restera sans doute indéfiniment un grand mystère, bien des choses nous dépasseront toujours. Je trouve qu'il est bon souvent de "prendre le train en marche", de ne pas rester bloqué parce qu'on ne saisit pas tout, de "naviguer à vue" parfois et ... je ne sais pas vous, mais moi c'est comme cela que je me sors de bien des situations.

    L'écrivaine britannique Iris Murdoch, considérée comme agnostique, avait cette sorte de principe moteur dans ses romans, justement : agir quand même dans un environnement où bien des données ne sont pas à notre portée et ne pas rejeter les éléments qui ... nous échappent, ou dont on ne nous a pas prouvé ... l'inexistence !

     

    Ici, je précise simplement que le héros, Gustaff (que je n'ai pas créé), est le garde-chasse d'un vieux chatelain grigou, antipathique et l'amant naïf de la jeune épouse du chatelain. La nuit précédant mon récit fut on ne peut plus tumultueuse et je ne peux en dire plus, mes souvenirs me faisant défaut et les chapitres précédant le mien, écrits par d'autres joyeux lurons que moi (voir en bas de page)  étant devenus flous dans ma mémoire.

    ***

     

     chouettehulotte - www.oiseauxd'europe.free.fr

    Etait-ce dû à la couleur de ce papier, étrangement sec après le déluge de la nuit ? Comme elle était soigneusement pliée en quatre, je m'attendais à ce qu'une inscription, un message y apparaisse ... La feuille était vierge. Lent à la détente, vaseux par manque de mon café du matin, je restais le contempler bêtement quand, soudain, elle me tomba des mains, comme brusquement enlevée par des mains étrangères. Cela eut pour effet de me tirer de ma torpeur, je m'étirais pour atténuer mes courbatures, soulevai un moment mon béret pour me gratter la tête et remettre en place mes neurones ahuris.

     

    J'allais m'ébranler, droit vers chez le vieux tel un lourd pachyderme que je n'étais pourtant pas, mais j'eus un doute. N'y avait-il vraiment aucun indice sur cette feuille, même dans un coin ? Je la repris, obsédé par cette couleur rose d'ailleurs, qui, cette fois, curieusement, sembla être à l'origine de petites ondes de joie qui me parcoururent l'échine et se traduisirent en mots dans ma tête : "tout n'est pas perdu, la solution est en vue !"

     

    Je scrutai la feuille, toujours aussi vierge et j'éprouvai au bout de trente secondes comme un coup de poignard au coeur, si tant fut-ce que je susse l'effet que cela pût faire, n'en ayant jamais reçu. Cette fois-ci, un message commençait à poindre dessus, comme tracé par une encre sympathique, rendue peu à peu visible par je ne sais quelle chimie inconnue : "ta dulcinée n'est qu'une obsédée du sexe, tous les beaux gars du coin lui sont passés dessus ! Oui, c'est à toi qu'on cause, Gustaff, oublie-la, elle ne te mérite pas, toi qui l'as fait gémir de plaisir dans tes draps. Rappelle-toi, une fois, c'était pas "Gustaff" qu'elle suppliait de lui en donner encore plus, c'était "Gonzague", le jeune chatelain demeurant à sept lieues d'ici ... Elle s'en fiche de toi, même si tu lui donnais du plaisir, elle est secrètement amoureuse de Gonzague, pour qui elle a toujours été transparente. Elle n'attend qu'une chose, c'est que son vieux mari crève pour pouvoir jouer les veuves joyeuses."

     

    "Qui êtes-vous ?" m'écriai-je, à tout hasard, bien qu'il n'y eût pas âme qui vécût à proximité. Bien m' en prit : un bruissement d'ailes se fit entendre et une chouette hulotte s'envola, magnifique envol vu de près. Au passage, je captai son regard, fugace plongée dans les grands yeux couleur orange, où le reflet de la scène de l'onirique nuit précédente s'affichait. "Avant l'heure, c'est pas l'heure, mon gars ! T'as eu la frousse, hein, cette nuit ? Mais je ne pouvais rien faire, c'est ce matin que ton destin prend un nouveau chemin. Adieu Gustaff, mon rôle s'arrête ici. Enfin, pour le moment." Bien que le sexe fût difficilement discernable chez un oiseau, je perçus là l'écho de la voix énergique d'un beau spécimen mâle d'oiseau de proie avant que ne disparût celui-ci dans les grands arbres avoisinants.

     

    Je crus avoir la berlue : je vis une colombe s'enfoncer dans les feuillages. Une colombe ? Le Saint Esprit ? Ventre vide mais coeur léger, vidé de ma douleur et de ma rancune, je traversai le cimetière comme une flèche et entrai dans le village. Cela tombait bien, une taverne pimpante n'attendait que moi à l'entrée. A cette heure à l'intérieur, il n'y avait encore que deux pelés trois tondus ; je m'affalai sur un banc, m'accoudai et levai avec difficulté mes yeux qui se fermaient sur la plus mignonne apparition féminine qu'il m'eût été donné de contempler.

     

    "Vous avez l'air bien fatigué, Monsieur, vous avez voyagé toute la nuit ? Que puis-je vous servir pour vous requinquer ?" Requinqué, je me sentais déjà et une douce chaleur me montait dans le bas-ventre. Fasciné par le dessin des lèvres purpurines de la belle, ébloui par l'éclat joyeux de ses yeux, je murmurai d'une voix étranglée par l'émotion :

    - "Une soupière de café, Mademoiselle !

    - D'accord, Monsieur !" rétorqua-t-elle, rieuse et mutine. "Aussitôt dit aussitôt fait ! Du pain tout frais et des boeuchons vous conviendront ?"

    Je commençai à croire que mon avenir allait me sourire à nouveau.


     

    Colombe en vol - www.thumbs.dreamstime.com


     

    Lenaïg

    ***

     

    Ecrit en 2008, pour un chapitre d'une autre grande Histoire à suivre de l'ancien site Lgdm, initié cette fois par le lui-même mystérieux Davidovich.

    J'ai repris mon cahier et complété mes notes manuscrites, n'ayant plus le texte tel que je l'avais posté.

    Nous avions, là aussi, des mots imposés, que j'ai mis ici en italique (en espérant ne pas en avoir oublié).

     

    Je me souviens de l'exaltation que j'éprouvais alors dans l'écriture et à la lecture des copains, les fous rires que nous avions. Je me rappelle aussi que quelqu'un me reprocha énergiquement de prendre parti pour le Gustaff, de critiquer et démolir ainsi la jeune maîtresse de celui-ci (qui l'avait pourtant allègrement trompé), confondant le personnage masculin et ... moi, qui tirais ses ficelles pour ce chapitre ; me reprochant mon manque de solidarité féminine, moi qui étais pourtant gentille, etc. Ah, c'était mouvementé ! Pour moi, l'intrigue s'imposait comme cela, j'étais dans la peau de Gustaff et en écrivant, je n'étais pas du tout Lenaïg ! J'éprouvai de la fierté que Davidovich saluât, chapeau bas, mon "beau " : "si tant fut-ce que je le susse" !

     

    Les "boeuchons" sont un mets de choix inventé par Rahar ! Je vais rechercher dans quel roman ...

     

    Références des illustrations dans l'album photos Animaux.

     


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  • Halifax Nova Scotia Canada - www.desktopnature.com
     
    Le professeur Molleville-Duval est aux anges ... Il est rare qu'une histoire commence par la fin, mais l'émotion joyeuse est à son extrême, la lumière s'est faite sur les mystères et les mauvais coups qui ont jalonné la vie du professeur ces derniers mois. Les journalistes du monde entier sont encore suspendus aux lèvres de sa charmante vieille dame de tante, Transfiguration Duval, dont les rides de bonne vivante n'ont en rien altéré la beauté. Eh oui, la brave dame est née un 6 août, mais si quelques individus malintentionnés pourraient la qualifier de pipelette, ce ne serait dû qu'à son goût immodéré pour la parole ! Elle n'a jamais eu la faiblesse d'user de son verbe haut et pittoresque dans un esprit assassin de vengeance ou de trahison. Nous avons donc dévoilé son prénom (inoubliable, s'il en est), nous avons révélé de ce fait le jour de sa naissance mais nous avons du coeur, nous aussi : notre propre langue restera muette sur l'année de naissance de Tante Transfiguration.
      
    halloween-citrouille-halloween-00007Donc, l'heure est à l'allégresse, aux sourires retrouvés, aux méfaits pardonnés ! Poussons du pied sentiments et chinoiseries de mauvais aloi. Notre lucidité narratrice nous incite à mettre en avant ce moment de bonheur dont Sigismond Molleville-Duval goûte pleinement la saveur. Nous allons, par la magie du récit, accompagnée de photos, figer l'instant et capturer l'éphémère ...
      
    Laissons Tante Transfiguration fournir ample matière aux journalistes quant au déroulement de l'affaire, apportant toute la transparence sur celle-ci :
    • comment l'honorable collègue, ami et associé de Sigismond, Docteur Xu Li, savant chinois, détenteur des derniers secrets de construction du mésoscaphe, ne put embarquer sur le navire ancré dans le port canadien d'Halifax, victime d'un rapt, juste sur le quai, sous l'oeil médusé des spectateurs assistant aux ultimes préparatifs et formalités d'embarquement, insensibles au froid intense qui aurait gelé le mercure dans les thermomètres, si ceux-ci avaient encore été en utilisation [Aparté : le mercure peut-il geler ? La réponse est oui ! Ce métal se solidifie par froid polaire ou sibérien : - 38,87°C exactement ! Bien sûr, même si quelques flocons de neige avaient fait acte de présence, la température n'avait pas baissé à ce point-là ! Mais accordons cette licence à la source narratrice, friande d'hyperboles et autres figures de rhétorique ...] ;
    • comment Docteur Xu, qui, sans être un surhomme, n'avait jamais de sa vie cédé à la versatilité, résista de tout son flegme et sans faiblesse aucune, aux tortures physiques et psychologiques de ses ravisseurs (seau d'eau glacée jeté à la figure, sadique chatouillement des pieds à la plume de cygne, menaces de mort sur sa famille qui, manque de bol, tombèrent à plat, Li n'ayant plus de famille mais se gardant bien de le leur dire ...) ;
    • comment les poulets (mille excuses aux efficaces policiers, le mot étant à caser ; le hasard a voulu qu'il soit ici l'un de leurs surnoms) firent preuve de diligence et d'intelligence et retrouver sa liberté au Docteur Xu ;
    • comment les malfrats en furent réduits à ruminer leur échec et enrager à loisir, une fois sous les verrous ;
    • comment Sigismond, sale gosse dans son enfance [mais, tenus là aussi de placer dans la narration cette locution nominale, nous la remplacerons illico presto par : vilain garnement !, par égard pour les amis canadiens québécois, qui ne font pas le même usage de ce substantif ...] avait la fâcheuse habitude de sonner à toutes les portes en allant à l'école comme en en revenant, dans son village natal et comment il s'en tira tant bien que mal une fois, poursuivi par un chien consciencieux, d'une belle déchirure à son manteau et d'une fessée paternelle ...
    Non ! Nous ne nous appesantirons pas plus longtemps sur l'intrigue ! Place au champagne célébrant la victoire de l'expédition Xu-Molleville-Duval (précisons que Docteur Xu fut transporté en hélicoptère sur les lieux de la découverte pour s'installer à temps dans le mésoscaphe en compagnie du Professeur Molleville-Duval) ! Grâce à leur performant engin, Li et Sigismond confirmèrent ce qu'ils pressentaient : ils dirigèrent le mésoscaphe pile sur le gisement d'algues spéciales recelées à cet endroit par l'Océan Atlantique et dotées de vertus médicinales mirifiques !
     
    halloween citrouilles bougies gifDans la salle des fêtes de la mairie d'Halifax, en plein Halloween, entourés des sourires grimaçants mais complices des citrouilles découpées, éclairées de l'intérieur par les bougies, reflétées à l'infini dans les psychés aux cadres dorés apportées là pour un meilleur effet, Sigismond et Li s'attablent avec leurs nombreux convives. La conférence de presse s'achève, fourchettes et couteaux vont pouvoir entrer en action. Tante Transfiguration, suivie de la meute des journaleux qu'elle a passablement gâvés de force détails mais affamés, vient de rejoindre la grande tablée.
     
    Elle jubile en constatant que son neveu n'a d'yeux que pour l'énorme cerise sur le gâteau de toute notre histoire : un loup phoque de deux mètres de long sur un mètre trente de hauteur, tout en chocolat noir, marron et blanc ! Une superbe réalisation de maîtres chocolatiers, une créature imaginaire du bestiaire enfantin personnel de Sigismond. La magnifique sculpture embaume des multiples parfums subtils de ses composants : cacao, caramel, noisettes, amandes, pistaches, fruits confits ! Aussi éphémère qu'un château de sable ou de cartes, immortalisée néanmoins par la photographie, la bête ne demande qu'à se laisser dévorer, heu déguster ... Quittons à regret notre Sigismond, maintenant sur un petit nuage, ou sur coussins d'air (pour faire moderne), tout à son attente déjà délicieuse d'en croquer la première bouchée, en sirotant un divin alcool de poire avec modération.
     
    Lenaïg
    qui n'a pas encore dessiné le loup phoque mais s'engage à le faire, en chocolat ou pas ! Ce sera un clin d'oeil à la communauté L'Arbre à mots ! D'ailleurs il se pourrait bien que cet animal existe, dans une réalité parallèle ... En attendant, prenons donc un chocolat, ou une citrouille en sucre !
    Double défi sur cette page : d'abord le chocolat de Jill Bill ! Ensuite défi des mots imposés (voir en gras) du magazine L'Esprit de la lettre sur facebook (qui, lui, devrait paraître demain). Pfiou, j'ai fini ! (sauf le dessin ...) mais quel plaisir !
     
     Chocolat et citrouilles - lulu4 - www.chocololic.fr
     
    Références des photos sélectionnées, port d'Halifax, citrouilles diverses et chocolat : voir Album Fantaisies 3.
     

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  •  tourbillon
     
    Avant que le tourbillon dû à une faille spatio-temporelle, qui tournait en boucle depuis le début de l'automne, déréglant les horloges, grandissant à chaque nouveau passage, ne les emportât à nouveau dans un monde ennemi, effroyable, qu'aucun scénariste humain n'aurait eu la folie d'inventer, Ludovic et Bertille réussirent enfin à trouver la poterne dans la muraille épaisse et millénaire de ce château d'Andalousie devant lequel ils avaient échoué comme sur un récif après s'être à nouveau jeté dans le tourbillon mais à l'instant T dont il était fait mention dans le grimoire secret.
      
    La septième concubine du roi de l'autre monde, qui les avait enveloppés de son soutien et son empathie, semblait encore les guider en esprit après leur départ, ou était-ce de la paramnésie, comme une illusion de déjà vu ? La dame venait de leur transmettre une imagerie mentale exacte : avant même de découvrir les statues d'oiseaux sculptés dans les pierres murales, dont le grimoire ne donnait aucune description, ils savaient qu'ils découvriraient une chouette et un hibou ! Entre les deux statues, le lierre annoncé ! Ils l'écartèrent pour s'engouffrer maintenant sans plus de peine à l'intérieur par la poterne cachée. Ce qu'ils ne virent pas, c'est que le lierre, complice, se replaça tout comme avant ...
     
    Visoterra-lierre-7009Nos héros, à bout de forces, s'écroulèrent dans les moelleux sofas, tandis que le vieux sage leur apportait une délicieuse tisane aux feuilles de tilleul fraîches. Bertille, très forte jusque-là, craqua. Elle se mit à pleurer doucement. Ludovic, non moins ému, la serra contre lui. Il restait muet ; Bertille parla, les sanglots dans la voix.
     
    "Rétrospectivement, j'ai la peur au ventre, alors que dans l'action de sauver nos vies, je ne l'ai pas éprouvée ! Ces gigantesques tortues nous ont manqué de peu, de leurs gros becs crochus ! Dis, mon Ludovic, sur quelle Terre d'une réalité autre que la nôtre sommes-nous posés maintenant ? Retrouverons-nous la nôtre un jour, et dans notre temps ? Le premier tourbillon est passé, on était dans l'Ile de Beauté, chez Maman ... Je ne rêve plus que de ma plage corse ... et de nager dans une mer à la transparence sans mesure, comme avant ! Mais si nous parvenons un jour à retourner là d'où nous venons, personne ne nous croira ! On nous pensera fous à lier, bons à interner !"
     
    Le vieux monsieur prit calmement la parole : "Mon chaton, ici règne l'amitié, point de rivalité. Le secret pour vaincre les forces obscures, c'est la symbiose des bonnes volontés et nous allons y arriver ! On vous croira car vous n'êtes pas les seuls que le tourbillon a emportés. " Ludovic, dans un sursaut d'orgueil masculin, enchaîna : "C'est cela, Maître ! Nous allons nous défoncer à la tâche ! Pas question d'abdiquer !"
     
    "C'est bien, mon jeune ami, j'aime ton énergie !" continua le vieil homme qui, dans un mouvement de manches, révéla les sévères cicatrices qui zébraient ses bras. "Vos tortues, je les connais ; jeune, je les ai affrontées et je porte les stigmates de mon combat. Maintenant que vous êtes avec moi, soyez sûrs que vous ne les reverrez pas ! Et dans votre cas, il n'y a rien d'irréparable ..."
     
     
    Lenaïg,
    qui a pris un plaisir fou à préparer son texte depuis la réception samedi par email de la liste des mots imposés.
    Pour : L'Esprit de la lettre, sur facebook, magazine de Dominique Bar et superbement orchestré par Freddie Sailor.
     

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