• Bouse de vache - www.futura-sciences.com 

     

    La Sécurité Sociale en faillite restreignant chaque année son pourcentage de remboursement, ainsi que le volet de remèdes et de soins  pris en charge, j'espère rendre service à ses subordonnés  mes amis en leur indiquant  (gracieusement, cela va de soi) quelques remèdes, simples mais garantis, contre les  petits bobos de la vie quotidienne.

    D'autant mieux qu'il n'est pas prouvé que nos remèdes modernes soient toujours efficaces et sans danger. Le contraire est d'ailleurs souvent constaté.

     

    Les méthodes que je préconise arrivent tout droit du Centre de la France. Elles sont les mêmes de chaque côté (de la France) et depuis longtemps expérimentés par nos Anciens, emplis d'expérience et d'un solide bon sens.

     

    Je commencerai par le moins facile à réaliser, mais le plus efficace : les plus violentes MIGRAINES ne résistent pas à l'application, sur la tête du malade, d'un pigeon vivant fraîchement éventré. La douleur cesse aussitôt le dernier soubresaut du volatile. Le moins facile à réaliser, disais-je, car il n'est pas aisé d'attraper un pigeon sur une place publique urbaine et de l'emporter subrepticement car, même dans un but thérapeutique, cette action est interdite par un décret préfectoral.

     

    Pour cette même raison de discipline civique, je n'oserai préconiser la méthode infaillible de nos grands-ancêtres préhistoriques, moins que nous-mêmes cruels envers les animaux, et qui, pour ce même cas de  migraine (de bigraine ou multigraine) découpaient dans le coloriage-ver-de-terrecrâne du patient une ou plusieurs rondelles permettant à la douleur de s'échapper . Nos archéologues modernes s'étonnent que fût alors déjà inventée la trépanation.

     

    Puisque j'effleure le chapitre de la préhistoire, j'ajouterai que par le simple port d'amulettes (coquillages, dents de crocodiles, griffes de tigre et poils de mammouth)) autour du cou, nos ancêtres  obtenaient , sans chirurgie esthétique comme à présent, les canons  de la beauté d'une femme, callipyge ou stéatopyge.( Mais je m'égare : nous n'en sommes plus là : les canons ayant été modifiés , on préconise les fesses de mites.)

     

    Revenons donc à notre époque, où bien des remèdes infaillibles et confidentiels sont encore en usage chez des sages.

     

    Contre la JAUNISSE (que l'on nomme maintenant "ictère", je me demande bien pourquoi) – Boire trois fois par jour quelques gorgées d'un sirop fait de fiente de poule séchée au soleil et macérée dans du vin blanc.

     

    Contre les MAUX D'OREILLES, tout dépend des symptômes :

             - pour une simple OTITE, mettre dans l'oreille atteinte quelques gouttes de lait d'une nourrice blonde.-

             - S'il s'agit de SURDITÉ, boucher chaque oreille à l'aide d'un coton imbibé d'une huile additionnée d'œufs de fourmis  broyés. Je suis persuadée que le patient mal-entendant distingue beaucoup mieux les sons  après ce  traitement.

     

    Contre la  TOUX : boire du bouillon de limaçons.  Auparavant, il fallait avaler les limaçons vivants. Depuis, le progrès a simplifié les choses, mais je me demande si cette méthode est aussi efficace. Essayer les deux en cas de gravité notable.

     

    dent de requinSur les COUPURES, appliquer des fils de toile d'araignée.

     

    Pour soigner les CARIES DENTAIRES, emplir le trou avec de la cendre de vers de terre et le boucher avec de la cire vierge.

     

    Un PANARIS disparaît rapidement si on applique dessus un escargot qui s'en nourrit. ( Il est fortement déconseillé de consommer l'escargot par la suite)

     

    Sur des BRULURES, appliquer du crottin de cheval dilué dans de la graisse animale.

     

    Contre les PUCES, s'enduire d'urine de jument.

     

    Le sang d'une anguille a très vite raison d'une bonne CUITE, et son foie, écrasé, facilite les       ACCOUCHEMENTS.

     

    L' huile ayant frit un crapaud est souveraine contre toutes  les MALADIES DE PEAU;

     

    La bouse de vache fraîche (la bouse, pas la vache) est précieuse dans bien des cas :

             - mélangée à du vin : contre les ŒDEMES DES  CHEVILLES;

             - mélangée à du beurre, elle soulage de la GOUTTE beaucoup de gros mangeurs de charcutaille.

             - toute fraîche, en applications locales, elle fait disparaître les VENTRES considérés TROP RONDS.

     

    Votre propre urine est aussi un remède magique pour guérir toutes les PLAIES, extirper les  ECHARDES ou épines,  En rinçages de bouche, elle blanchit les dents de manière éblouissante. A condition d'utiliser votre propre production. Pas celle de  vos voisines.

     

    Ce sont là des remèdes aussi efficaces que simples à utiliser. Le moins réalisable, pour nous pauvres citadins, est de trouver ces précieux ingrédients. En effet, s'il faut parcourir vingt ou trente kilomètres en voiture pour nous procurer la matière première, on nous rendra responsables de la propagation de nouvelles maladies, inconnues des anciens  par simple définition, et contre lesquelles nous serons, hélas, bien obligés  d'avoir recours à la médecine actuelle.

    oeuf3 - www.fourmizzz.fr 

    Il existe cependant quelques trucs infaillibles et accessibles aux urbains :

     

    La neige de mars, fondue lentement dans un récipient propre et mise en bouteilles bien bouchées, est un remède très sûr contre les BRULURES;

     

     Les lavandières, chargées de la lessive dans le beau monde, ne quittaient jamais la maison, le soir, sans avoir demandé au petit garçon de la famille d'uriner sur leurs mains. Remède souverain contre les CREVASSES.

     

    Mon grand-oncle Victor, à 94 ans, grimpait encore d'un seul élan sur une chaise pour remplacer une ampoule électrique. Il attribuait cette agilité à une petite pomme de terre, toute ridée, qu'il portait dans sa poche depuis des années, comme talisman contre les "DOULEURS".

    Un jour, pourtant, il eut une terrible crise de rhumatismes. Pourquoi ? Il s' aperçut  alors qu'il avait perdu sa pomme de terre ! Il en reprit une autre, toute neuve, mais le fil était rompu : cette pomme de terre moderne n'avait pas le pouvoir de restaurer le  bien-être perdu.

    ( Je viens d'essayer : pendant plus d'un mois j'ai porté une pomme de terre dans ma poche. En vain. Le remède avait-il été pris trop tard ? ou la pomme de terre était-elle gorgée de pesticides ou issue d'une culture d'OGM ? Car mes "douleurs" persistent ! Aucun scientifique ne serait capable, à l'heure qu'il est, de pénétrer ce mystère.)

     

    Si vous suivez ces conseils à la lettre, vous devriez ne plus jamais  avoir à déranger  un médecin surmené, faire de sérieuses économies, ne plus souffrir inutilement et accomplir l'acte citoyen de vous abstenir de participer à l'engloutissement irrévocable de la Sécurité Sociale au fond de son Trou.

     

     

    Margoton

     

     

    crottin - www.rustica.fr

     

     

     

     


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    Louche en argent et toute la ménagère - www.lamidesarts.fr 

     

     

    Histoire louche

     

    Le Père André était curé de la petite paroisse rurale de Genesézou. Vivant chichement comme tous ses confrères, il avait cependant la chance, lui, d'avoir une bonne, une "bonne de curé", prénommée Marinette, qui s'occupait parfaitement des soins du ménage.


    Crosse d'évêque en pousse de fougère - www.travelpod.com En ce  jour de Confirmation à Genesézou, elle dut se surpasser, mettre les petits plats dans les grands afin de recevoir dignement Monseigneur l'Evêque et sortir, pour la circonstance, le magnifique service de table en porcelaine fine et l'argenterie de luxe, offerts en toute légalité au Presbytère par le Comte de Quiquengrogne lors de la Révolution de 1789,

    quand lui prit l'idée de fuir en Angleterre (où, hélas dénoncé par son dévoué métayer, il n'arriva jamais, la guillotine lui ayant coupé la route et la tête avant même qu'il put rejoindre le bateau).

    Bref, depuis ce jour, la riche vaisselle appartenait en toute propriété au pauvre presbytère, et les desservants successifs en avaient la jouissance.

     

    Mais revenons à nos moutons, ou plus exactement à leurs pasteurs.

    Avant de se mettre à table, le Père André fit à Monseigneur les honneurs de son presbytère, rendu plaisant grâce aux soins de Marinette : le bureau, sobre comme il se doit – la chambre de Marinette (rideaux coquets, napperons brodés, fleurs sur la table), puis au fond du couloir, la très ascétique chambre du Père André, proche d'une cellule monacale.  Le lit recouvert d'une pauvre couverture de coton grisâtre, une chaise branlante et un prie-dieu, face à un austère crucifix, en formaient tout le mobilier.

    Dans l'escalier brillamment ciré, à la suite de Marinette vêtue de sa plus jolie robe, Monseigneur chuchota à l'oreille du prêtre :

     - Mais... elle n'a pas l'âge canonique, cette personne ?

     - Hélas non, Monseigneur, mais c'est la seule qui ait accepté ce travail ingrat et mal payé.

      

    On passa à table. Le bouillon du pot-au-feu fut servi à l'aide de la magnifique louche du service Quiquengrogne , dont le manche, admirablement serti de pierreries fines,  fit l'admiration du prélat, fin connaisseur en objets d'art, qui  analysa sa facture avec compétence et, sembla-t-il, un brin de convoitise.

     

    Louche en argent - www.antiques.delaval.com

     

     Le soir, en lavant la vaisselle, Marinette, ne trouvant pas la louche, la chercha partout : dans la bassine, dans les placards, dans les tiroirs, derrière la cuisinière, dans la poubelle : point de louche.

    Elle fit part de son inquiétude à son patron, qui lui aussi se mit fébrilement à chercher l'objet précieux dans les tiroirs, les placards, la poubelle et derrière la cuisinière : toujours point de louche !

     

    C'était très louche.

     

    L'abbé se souvint des regards admiratifs de l'évêque envers cet objet, et un affreux soupçon lui traversa l'esprit – presque un blasphème : Monseigneur aurait-il emporté la louche ??? – Mais si c'était par mégarde, il la lui renverrait aussitôt rentré à l'évêché.

     

    Au bout d'une semaine, sans nouvelles de la louche, le Père André écrivit à son évêque une lettre qu'il tourna le plus délicatement qu'il put :

     

    "Monseigneur,

    "Je n'insinue pas que vous ayez volé la louche du comte de

    " Quiquengrogne, mais ne la retrouvant pas, je suppose que vous

    " l'ayez peut-être emportée par mégarde. En ce cas, etc...

    " Daignez, Votre Excellence, agréer l'expression de ma respectueuse

    " et sincère dévotion.

     

    La réponse ne se fit pas attendre : le surlendemain elle arriva dans une enveloppe aux armes de l'épiscopat et écrite en ces termes :

     Crosse d'évêque - www.houssard.fr  

    "Mon cher Fils

    "Je n'insinue pas que vous couchiez avec Marinette, mais si

    " vous aviez passé ne fut-ce qu'une seule nuit dans votre lit,

    " vous eussiez retrouvé votre précieuse louche... etc...

    "Je vous prie d'agréer, mon cher Abbé, l'expression de mon paternel

    " dévouement "

     

    Voilà l'histoire, telle qu'elle  nous fut relatée par Monsieur André, veuf, résidant d'une maison de retraite près de Genesézou, qui ne se cachait nullement d'être un ancien prêtre, officiellement "rendu à l'état laïc."

     

     

    Margoton

     

     

    Illustrations :

     

     


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  • La Complainte du Sieur Du Pont de la Cloche de Bois

     

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    La Maré –(chaussée, elle), bigle de ses sales gobilles sur mes arpions chaussés de trous quand je parkinge ma cadygonette qui transbahute mes biens mobiyers.

     

    V’là l’éventaire :

    - 1 couvrante mitée,

    - 1 pucier gonflab’ garni eud rustines, et coloré en camaïeu du marron au noir pisseux,

    - 1 doudoune des Puces de la Feyssine

    - Des charentaises en cayoutchouc percé, façon Benne à Ordures,

    - 1 grand plastoche piqué sur un chantier : c’est mon macfarlane

    - Tout ça calant, bien sûr, quelques kils de picrate dernier cri (premier prix) pour ma p’tite biture du soir.

     

    -Je parkinge donc mon barda devant ma crèche du jour, mon ras-de-chaussée sous le pont pasqu’aujourd’hui i fait cagnard.

     

    Sinon, j’ai plusieurs résidences secondaires, adaptées au temps qui fait, ou à ma lubie du jour, ou à l’urgence de m’planquer : - bouche d’égoût ou grille de métro si ça caille

    - vieille bagnole si pleut trop,

    - un carton si fait du vent, d’où que je rêve d’une lucarne pour voir une étoile (de tente).

     

    Et là, j’ai tout le confort :

    - une table (mes deux genoux)

    - un fauteuil (en bitume)

    - l’eau courante quand i lansquine

    - l’ E.D.F. – mais c’est pas des watts, c’est des bougies !

     

    C’est mon Auberge Espagnole, quoi ! Mais j’ai pas de greluche, pasque jamais deux sans toit, qu’on dit. HI ! Hi ! Hi ! faut bien rigoler, hein ? J’rencarde pas trop les frangins : i schlinguent des nougats et chouravent mon flouze dans mes fouilles, ou mon pinard ou mes ribouis dans ma cadygonette. Si j’leur fous une ratatouille, je prends une torgnole ou un bourre-pif : sont balaizes pour sonner les cloches !

     

    Aujourd’hui dans son trois-pièces (falzar, marcel et galure), Mézigue va à la chasse à l’oseille, là oùs qu’i a du beau linge : faut dégauchir des écronoques pour dégotter de quoi becter. Pas bezef : je m’vois pas obèse, j’me carrerais pus dans ma carrée ! Mais des fois je crève la dalle. Mes éponges, elles en peuvent pus, de carcasser et de glavioter du raisiné. J’ai le palpitant qui gambille. Mes ratiches s’sont fait la malle, j’en ai pus que deux mais alles sont pas en face : pas chouette pour caler ma clope…

     

    Des fois, j’sors du cirage dans un caniveau, à coups de balais des nettoyements (Qui c’est qui m’ a amené là ? les salauds !) I paraît qu’j’étais pochtronné… ben quoi : ça arrive à tout le monde, non ? Et j’ai des croûtes plein la calebasse (même dans ce qui me reste de tifs), plein les guiboles et l’pétrusquin (sauf vot’ respect, comme on dit dans le grand monde, là oùs qu’on n’a pas la émesté).

     

    L’toubib vient jamais : i sait même pas où je crèche vu que je le sais pas non plus. I sait même pas si je suis né, en plus. J’me planque quand j vois les Services Sociaux . On sait jamais si on sortira de leurs pattes. Et pis i vous font laver… J’ai un peu les chocottes quand je gamberge, mais bof… Un jour j’rendrai mon costard tant que j’s’rai même pas vioque, roulé en boule… dans mon carton. Alors, en redingote eud sapin ou en plastoche, c’fois-là dans un premier sous-sol, j’aurai pus besoin que d’dalle. Et encore, j’en aurai même pas. DE DALLE ! Même pas un pissenlit à la Toussaint… Même pas une flamme à ranimer sur la tombe du Soûlot Inconnu, le Maréchal des Sans-Logis du Pont de la Cloche de Bois.

     

    Margoton

     

    couv assiette beurre 1170012274

     

     

    Illustration provenant de : www.robertgiraud.blog.lemonde.fr

     

     


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  • .marmottes espiègles edited - Carte de Margoton

     

     

    En Vallée de Clarée grimpant un peu partout Dame Randonneuse

    Avait, en ce jour-là, pour être plus agile,

    Remplacé sac à dos par « banane » légère,

    Contenant des biscuits, ses papiers et ses sous.

    Par la vue qui s’offrait tout à coup inspirée,

    Elle sortit de sa poche son Nikon préféré

    Et posa à ses pieds, en la sentant peser,

    La banane contenant les biscuits du goûter.

    Clic vers le col, clic vers le pic,

    Zoom sur la cascade, zoom sur le glacier…

    Fort absorbée par la technique

    Elle ouït tout soudain un bruissement léger

    Et vit, se retournant, sa banane filer…

     

    Car Dame Marmotte, par l’odeur alléchée,

    Hardiment s’est jetée sur la proie convoitée

    Et l’emporte en son gîte, pressée de déguster

    Ce festin imprévu, qui sera apprécié

    Par ses petits, ravis de l’opportunité.

    Dame Randonneuse s’élança à sa suite,

    Essayant follement d’attraper dans sa fuite

    Dame Marmotte et son précieux butin –

    Tenta plaquage au sol mais en vain,

    Et vit disparaître son bien à tout jamais,

    Entraîné par le sort tout au fond du terrier.

     

    Adieu banane, biscuits,

    Permis de conduire et carte bleue,

    Carte d’identité, espèces trébuchantes…… (*)

    Honteuse et confuse, reniflant ses larmes,

    Dans le vaste giron de Monsieur le Gendarme

    Elle s’en fut conter ce fâcheux contretemps

    Et déclarer le vol des précieux documents.

    Plainte fut déposée contre Dame Marmotte.

    La plaignante l’assigna devant le parlement :

    Elle vit que son affaire allait fort tristement - HAN !

    (Non : ceci est une autre fable : j’en radote.)

     

    Mais ne ballottant pas de la cervelle,

    Je vous jure que cette nouvelle

    Est la pure vérité.

    MORALITE

    Contemplez les hauteurs, mais surveillez vos pieds. (*)

     

     

    – Je regrette infiniment de n’avoir point réussi à faire rimer ces lignes. Mais mon amie Danielle, professeur de français, m’a rassurée en m’affirmant que Jean de La Fontaine n’y serait pas arrivé non plus…

     

    Margoton

     

    Image :

    Document fourni par Margoton.

     


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  •   philippe I berthe

     

     

    Berthe (ou Bertrade, selon les sources), née en 726, était la fille de Caribert, comte de Laon et ami de Pépin le Bref. Très gaie, jolie et avenante, elle était cependant affligée d'un pied bot – sans aucune importance puisque dissimulé sous la longueur des robes de l'époque.

    Elle se mit en ménage avec Pépin, en dépit de ce détail superfétatoire que ce dernier avait déjà une épouse légitime et plusieurs enfants.

    Très pieux malgré tout, Pépin avait aussi pour ami le Pape Zacharie qui, choqué par tant de désinvolture, le mit en demeure de régulariser sa situation.

    Ce qui fut fait. Pépin répudia sa femme, dota très généreusement ses enfants et épousa Berthe en 743, ce qui leur permit d'être couronnés roi et reine des Francs en 754.

     

    Très active, Berthe accompagnait souvent son époux dans des expéditions guerrières qui avaient pour unique et noble but de ramener la paix et de propager la foi en Dieu dans le pays Franc.

    Elle mit au monde 6 à 8 enfants (toujours selon diverses sources) dont un  que nous n'avons pas encore oublié : CHARLEMAGNE ( roi imberbe, mais  à la barbe fleurie, dit-on).

     

    Pépin mourut en 748, elle-même en 783 à l'âge de 57 ans.

     

    Mais ceci étant un résumé très  insuffisant de l'Histoire, un troubadour, Adenet le Roi, écrivit en 1270 un poème en  alexandrins  : "Li Roumans de Berte au grans  piés".

     

    Mais de quoi osait donc se mêler un troubadour (du pays d'Oc) puisque cette histoire provenait en droite ligne du pays d'Oil ?

     

    Hans Holbein d. J. 030

     

    C'est pourquoi une trouverte avisée, authentique payse d'Oil, et dont l'œuvre est parvenue jusqu'à nous, la reprit de la manière que voici :

     

                    LA  VERITABLE  LÉGENDE  DE  BERTHE  AU  GRAND  PIED

     

    Lorsque le jeune Pépin décida de se marier, il fit rechercher la femme idéale dans tout le royaume par des conseillers de confiance, mais dont la quête fut inutile, car aucune de leurs descriptions  dithyrambiques des  diverses et nombreuses prétendantes ne lui convint.

    Jusqu'à ce qu'un trouvère vint lui chanter les louanges  de la fille du roi de Hongrie : belle, intelligente, enjouée, propre et fort aimable. Elle avait bien un pied plus grand que l'autre, mais  ce détail fut considéré comme dérisoire.

     

    Déjà conquis, Pépin l'envoya chercher dans un équipage de Rois Fainéants amélioré.
    Hélas, notre belle n'était pas ravie de devoir quitter sa famille, ses amis et son pays – mais pourtant elle obéit, les filles de cette époque n'ayant d'autre alternative.

     

    La route étant longue, le cortège fit étape chez le Duc de Mayence. Ce duc avait une fille, Alista, qui, par un hasard fréquent dans les contes, ressemblait étrangement à Berthe, de la tête…. mais pas aux pieds, qu'elle avait petits et symétriques.

    Bavardant et s'amusant deux jours de suite, les deux jeunes filles s'entendirent si bien que Berthe proposa à Alista d'en faire sa suivante et de l'emmener avec elle en pays Franc.

    Alista, qui s'embêtait ferme à Mayence, accepta avec joie et se joignit au cortège.

     

    Arrivée à Paris, la princesse de Hongrie était si lasse que, se percevant enlaidie de fatigue, elle demanda à Alista de bien vouloir la remplacer lors de sa présentation à la Cour. Le Roi n'y verrait que du feu, puisqu'elles se ressemblaient tant et que, de toutes façons, il ne connaissait ni l'une ni l'autre.

     

    Cette ruse fut réalisée. Alista revêtit la plus belle robe de son amie, qui lui cachait les pieds par sa longueur. Mais l'aventure lui plut à ce point que, décidant rapidement de prendre la place de sa maîtresse, elle paya très largement deux serviteurs à qui elle enjoignit d'enlever Berthe, de l'emmener dans une forêt lointaine, avec l'ordre formel de l'égorger froidement.

     

    Mais leur future victime était si belle, si aimable et si attendrissante que ces deux braves gens lui laissèrent la vie, se contentant de l'abandonner là, n'importe où, à son triste sort

     

    La pauvre Berthe erra plusieurs jours parmi les bêtes sauvages, dormant à même le sol et se nourrissant de myrtilles, de framboises et de champignons crus – mais un jour se trouva par hasard dans une clairière où se dissimulait une maisonnette dans laquelle vivaient chichement un charbonnier, sa femme et ses deux filles. Ces braves gens l'accueillirent généreusement, et Berthe vécut neuf ans avec eux sans dévoiler son identité.

    ( Je soupçonne les frères Grimm d'avoir eu vent de l'histoire, d'autant que la mère de Berthe se prénommait Blanchefleur)

    Pour aider ses hôtes à vivre, elle réalisait de très jolies broderies qu'elle vendait au marché le plus proche.

     

    Cependant, la Reine de Hongrie, sans réelles nouvelles de sa fille et fort inquiète, décida d'entreprendre à son tour le long voyage vers la Francie et malgré les objurgations de son époux se mit bravement en route.

     

    En apprenant son arrivée, Alista fut terrorisée et se mit vite au lit, dans une chambre aux lourds rideaux tirés, feignant une grave maladie.

    Embrassant et cajolant "sa fille "dans une demi-obscurité, la Reine ne découvrit le subterfuge que lorsqu'elle voulut lui masser les pieds pour les réchauffer.

    Horreur ! Elle se dépêcha d'aller cafarder à Pépin qui entra dans une rage folle, expédia Alista au diable sans  prestation compensatoire et fit, séance tenante, rechercher Berthe par les deux serviteurs tout quinauds, félons mais repentis, qui l'emmenèrent avec sa troupe  jusqu'au lieu précis où ils avaient abandonné Berthe.

     

    U1009343ne battue géante fut organisée, longtemps infructueuse jusqu'au jour où Pépin, totalement découragé, parvint à une clairière où se dissimulait une maisonnette (voir plus haut)

    Là, il vit revenir du puits, portant deux seilles emplies d'eau fraîche, une très belle jeune femme chaussée de sabots asymétriques.

    Pépin l'interpella :"Suivez-moi : je suis le roi des Francs et j'ai besoin de votre témoignage"

    -"Ah sire, répondit-elle, ne me faites cette blague, car je devrais, à ce jour, être la Reine des Francs, l'épouse du Roi Pépin…

    - Mais… Pépin, c'est moi !...

    Tout heureux, Pépin emporta sur son cheval une Berthe ébahie…

     

    Les deux serviteurs reçurent successivement une volée de coups de bâton et une lourde bourse,  gonflée de  deniers d'argent sonnants et trébuchants.
    Le charbonnier, qui n'en revenait pas, fut anobli et put quitter son métier et sa chaumière avec sa charbonnière.

     

    Pépin et Berthe furent toujours heureux – enfin jusqu'à la mort de Pépin en 768 et eurent donc 6 ou 8 enfants dont notre illustre Charlemagne.

     

    Voilà la véridique légende de Berthe au Grand Pied, telle que la trouverte Mocotte se fit un devoir de reconstituer ici.

     

    Margoton

     

     

     


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