• LA 'TITE ANNICK - 2ème partie - RAHAR

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    Je tourne en rond comme un lion en cage, cherchant fébrilement une quelconque idée pour me sortir de ce piège. Je tremble d’angoisse et de terreur, et je vais m’agripper au lavabo. La glace me renvoie un visage hirsute et des yeux hagards. Une sueur malsaine perle à mes tempes, malgré la relative fraîcheur vespérale.

     

    Alors que je me morfondais, j’aperçois du coin de l’œil le reflet dans le miroir d’un coin du mur, à ma droite. Un tracé phosphorescent semble délimiter un rectangle parfait. Je me tourne vers le mur. Rien ! Aurais-je la berlue ? Je regarde de nouveau dans la glace, le tracé y est. Qu’est-ce que cela veut dire ? L’approche de la mort qui semble inéluctable m’aurait-elle détraqué la perception ? Ou bien a-t-elle développé en moi des capacités nouvelles ?

     

    Comme je n’ai plus rien à perdre, je dois me raccrocher à n’importe quel fil pour ne pas devenir folle. Je m’approche du coin du mur. Je donne un coup de pied ; cela donne un certain son creux. Pour comparer, je frappe un autre point du mur ; le son est différent. Le cœur gonflé d’un fol espoir, peut-être vain, mais arrivée à ce point, je cesse de trembler. Je cogne comme un sourd sur la paroi qui semble plus mince et plus fragile.


    Hourrah ! Des rivets sautent, la peinture s’écaille, et une plaque de tôle se détache, démasquant une ouverture où je peux me glisser. Le conduit est étroit, mais peut laisser passer un homme assez fort. Cependant, il descend et l’angoisse me reprend ; au lieu de remonter, je vais à la rencontre de l’eau. Je vois quand même une lueur au bout, ce qui me décide à continuer. Je débouche dans une cache manifestement secrète de contrebande. Une ampoule anémique l’éclaire. Et à ma surprise, j’y vois aussi la petite fille en bleu qui me sourit.

     

     Mais qu’est-ce que tu fais là ?

    — Bonjour, jolie madame. Je vais te montrer comment sortir.

    — Comment t’appelles-tu ?

    — Annick.

    — Où sont tes parents ? Ils te laissent vadrouiller toute seule ?

    — Oh, ils sont là-haut. Tu sais madame, je connais le bateau comme ma poche. Mais faut faire vite, hein. Tu sais que le bateau coule, hein ?

    — Mais il n’y a pas d’issue, ma pauvre Annick.

    — Attend, tu vas partir par là.

    Annick désigne une ouverture déjà noyée par l’eau de mer qui est en train de monter. Mais elle ne doute de rien, cette gamine.

    — C’est un passage vers le haut qui m’intéresse et tu veux que je descende pour me noyer ?

    — Ben faut bien descendre pour remonter, madame. Au bout, tu entreras dans une cabine et tu pourras sortir.

    Ce n’est pas bête, mais l’appréhension me fait hésiter. Je suis une nageuse quelconque, je ne suis pas adepte de la plongée en apnée et je ne pense pas pouvoir retenir ma respiration plus de trente secondes. Mais d’un autre côté, si je ne fais rien, je vais sûrement me noyer comme un rat dans cette cache où une odeur de stupéfiant flotte encore.

    — N’aie pas peur, madame. Le trajet n’est pas long. Tu n’auras qu’à donner un bon coup dans la grille de protection. Au fait, tu devrais enlever tes habits, tu sais.

    — Mais et toi, comment vas-tu sortir ? Tu vas aussi plonger dedans ?

    — Moi ? Non, là où je vais, tu ne pourras pas aller, madame.

     

    Elle désigne un trou de souris de l’autre côté. Effectivement, je ne pourrais pas y passer, mais elle, avec son corps menu, elle peut. Résignée, je me dévêts et quitte avec regret mon tee-shirt et mon jean griffés. Je me retourne pour dire au revoir à la petite, mais elle a disparu.

     

    Je prends mon courage à deux mains, je respire un bon coup et plonge dans l’eau sombre et froide qui faillit me faire suffoquer par réflexe. Je progresse difficilement, la densité de l’eau de mer ne facilitant pas les choses. Une pensée horrible me taraude : et si cette Annick se trompait ? Mais je ne la qualifierais pas de satanique, avec son minois si angélique. Au bout de quelques mètres, j’aperçois une faible lueur et l’espoir me revient.

     

    J’arrive à ladite grille, et un doute insidieux me ronge. Aurais-je assez de force pour la défoncer ? La limite des trente secondes approche et mes poumons exigent impérativement un renouvellement d’air. Une montée d’adrénaline me fait me débattre comme une forcenée, et la grille saute sans vraiment faire de difficulté. Je remonte frénétiquement et émerge avec grand soulagement dans la cabine déjà à moitié submergée. En fait, cette partie du ferry est DÉJÀ submergée, je ne vois que de l’eau trouble par le hublot. L’air, qui fait une sorte de grosse bulle dans la cabine, ralentit la montée des eaux. Je progresse péniblement jusqu’à la porte.

     

    Enfer et damnation ! cette satanée porte est fermée à clef, laquelle clef n’est pas sur la serrure. Pleurant de rage et de frustration, je tambourine à me meurtrir les poings et hurle comme une damnée. Évidemment, je ne reçois aucune réponse, les gens sont en train de sauver leur propre peau, là-haut. Et puis, en supposant que je puisse ouvrir cette foutue porte, je pourrais peut-être tomber de Charybde en Scylla, puisque cette partie du bâtiment est déjà sous l’eau. Je crois entendre alors une faible voix à travers la porte.

     

    — Va vers l’armoire, madame.

     

     

    A suivre

     

     

    RAHAR

     

     

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    Illustrations :

    Abeille Bourbon, lavabos et douches, photo Lenaïg

    Naufrage du Poséidon, film, photo du net : www. soberingconclusion.com

     

     



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  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Novembre 2011 à 10:05
    Monelle

    Avant de fermer boutique pour partir à mon 1er examen médical, j'ai pris le temps de lire cette deuxième partie qui se termine sur le suspense...

    Gros bisous

    Monelle

    2
    Mardi 8 Novembre 2011 à 15:52
    Marie-Louve

    Aller vers l'armoire ? On trouvera certainement une porte et derrière, une clé ? ou un passage secret ? ou des vêtements pour sortir de là ? Mais, je tique sur la cale du ferry qui contenait des produits douteux ou plutôt, des stupéfiants. Serait-ce que le ferry ne coulerait pas ailleurs que dans les vapeurs de ces stupéfiants ? Je demeure avec grand intérêt au poste de la vigie. :-) 

    3
    Mona l
    Vendredi 6 Juillet 2012 à 08:39
    Mona															l

    J'ai le plaisir de découvrir l'ointérieur Le l' abeille , oh joie! Rahar quel suspense!

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