• La maison dans les bois - 4/4 - RAHAR

     

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    6ab322b3b52e6e5a1305ae478d6833a0.jpgDès potron-minet, je fus réveillée par une sarabande effrénée dans le grenier. Au moins, le parquet de ma chambre est net. Mais dès que j’ouvris la porte, mes cheveux se dressèrent : le couloir était plein de traces boueuses de pas. J’aurais dû brûler ces satanés cheveux d’abord en bas.

     

    L’esprit s’était déchaîné, il voulait manifestement se venger. On aurait dit qu’un adulte jouait à la marelle dans le grenier, les cailloux n’arrêtaient pas de dévaler l’escalier, le téléphone sonnait de temps en temps. C’était infernal ! Qu’est-ce que je pouvais donc faire ?

     

    img151.jpgCe ne fut que le soir qu’une idée traversa mon esprit. Je me connectai au net et fis une recherche sur cette maison. Il n’y avait pratiquement rien… Enfin presque : une famille avait vécu ici, madame portait la culotte ; de l’avis unanime, c’était une mégère impossible. Le mari avait disparu et la femme acariâtre avait déclaré qu’il l’avait quittée, ce que tout le monde comprenait évidemment, et personne n’avait cherché plus loin.

     

    img153Je compris immédiatement : le mari ne s’en était pas allé, sa femme l’avait assassiné. J’étais sûre que c’était lui qui hantait la maison. Mais pourquoi s’en prenait-il à moi ? Je n’étais pas une mauvaise fille, j’avais plutôt été victime d’un goujat. Ou bien ne ferait-il aucune discrimination et persécutait systématiquement la gente féminine ?

    Je tentai de le raisonner : « Mais enfin quoi ! je ne suis pas votre femme ! Laissez-moi tranquille, putain de merde ! » Un bris de vaisselle éclatée me répondit d’en bas ; la chute d’un corps lourd ébranla le grenier ; une pluie de cailloux martela l’escalier.

     

    img970.jpgN’y tenant plus, je pris l’annuaire, branchais le téléphone et malgré l’heure tardive, appelais le prêtre du village. J’étais protestante, mais les pasteurs ne faisaient pas d’exorcisme que je sache. L’homme d’Eglise, un poussah bien nourri, arriva avec une sacoche. Je le trouvais immédiatement sympathique, mais je doutais un peu qu’avec son air bénin de bébé Cadum il eût assez de fermeté d’esprit pour chasser le fantôme.

    À peine dans le living, il fut accueilli par une grêle de petits cailloux qui disparaissaient à son contact. Cela ne faisait pas mal, mais c’était déstabilisant. On aurait dit que quelqu’un courait le cent mètres dans le grenier.

     

    Je racontai au prêtre tout ce qui m’était arrivé, je lui rapportai ce que j’avais trouvé sur le net et lui confiai ma conclusion. Il me demanda de le mener à la cave. Il m’expliqua que c’était le scénario classique : on enterrait toujours les cadavres encombrants dans la cave.

     

    6a00e54f10584c8834017744798eee970d-800wiEffectivement à la lueur de sa torche puissante – l’unique ampoule anémique était assez usée – nous pûmes discerner une zone plus sombre dans la terre battue, délimitant grossièrement un long rectangle. Il était fort à parier que c’était une tombe.

    J’allais remonter pour avertir les autorités, quand le prêtre m’arrêta. Le plus urgent était de libérer l’âme du défunt. Et puis, ne souhaitais-je pas retrouver ma tranquillité ? Les autorités pouvaient bien attendre quelques heures de plus, le mort n’allait pas faire la malle. Il s’attela alors aux simagrées de son rite et je dus supporter stoïquement toute la cérémonie.

     

    soledad cafeLa journée avait été plutôt mouvementée, avec les policiers qui avaient envahi ma maison. Toutes ces aller et venues me donnaient le tournis, sans compter le désordre et la saleté que cela engendrait. J’aurais bien du boulot pour décrasser mon beau carrelage et mon joli parquet, mais c’était le prix à payer pour ma tranquillité.

     

    J’avais terminé mon roman dans l’euphorie et j’avais déjà en tête le canevas du prochain tome. Mais avant de poursuivre, je voulais m’éclater un peu, certainement pas au village, mais plutôt à la ville. Peut-être y ferais-je quelque rencontre intéressante.

     

    Fin

     

    RAHAR

     

    Illustrations :

    Un grand merci aux élèves des cours d'art plastique du Collège Denfert-Rochereau de St Maixant l'Ecole pour leurs superbes onomatopées, toutes à découvrir ici : clic !

    Ils apprendront peut-être un jour, qui sait ?, que leurs onomatopées conviennent à merveille à l'histoire de Rahar ...

    Et notre héroïne, enfin détendue, sous les traits des belles de la dessinatrice Soledad !

    Lenaïg


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