• Hilarion dans son presbytère des Deux Verges - Mona

    Dans son presbytère des Deux Verges, charmant village du Cantal, (1) Hilarion se morfondait, et fondait, fondait. Il n’était plus qu’un squelette ambulant au regard de braise qui faisait fuir même le pitbull des jumeaux hargneux du père Antoine. Il était pourtant arrivé plein de fougue, jeune beau ténébreux prêchant avec passion l’austérité, la souffrance rédemptrice, et avait vu avec surprise déserter sa petite église.

    La joviale et rubiconde Artémise Jouffleuri avait cessé de lui apporter ses repas cuisinés avec amour le jour où, pour la dixième fois, il s’était plaint qu’elle salait et sucrait trop ses plats, et lui avait conseillé, la toisant avec sévérité, de faire pénitence pour ses péchés récurrents de gourmandise. D’ailleurs son tour de taille s’épaississait à vue d’œil !

    Elle avait alors jeté sa cocotte fumante par terre en criant :

    • Va te faire voir chez les Grecs ! (2) Je préférais notre Arthur Linotte de beaucoup ! Il disait, LUI, que « Ce n’est pas ce qui entre dans le corps qui le souille, mais ce qui en sort » Tiré de St Matthieu, sale connard de mes f…



    • Vade retro, pécheresse, avait-t ’-il tonné. Tu empestes !



    Artémise n’avait plus jamais adressé la parole à Hilarion après cette scène. Elle avait récupéré sa cocotte et fui Elle qui était d’humeur si égale d’habitude !

    Il ouvrait des conserves et mangeait froid, ayant la flemme de cuisiner lui-même.

    Et que dire de ses voisins innommables, les Boudin ! Onésime, amoureux de sa vache rousse, la Brava, et elle, Gertrude, outrageusement maquillée, le rimmel dégoulinant et les lèvres comme des limaces violettes, qui avait érigé un autel chez elle en hommage à une certaine Germaine Poirot, animatrice dévergondée d’une radio potins, rien que ça ! Soit disant, Germaine avait exaucé tous ses vœux alors que ce bon à rien de St Rémy ne l’écoutait jamais, sûrement parce qu’on l’avait délocalisé et il n’aimait pas le village ! Comme un certain curé qu’elle ne nommerait pas, avait-elle ajouté en le foudroyant, enfin en essayant de le foudroyer de son regard de chien battu larmoyant.



    Mais une lueur d’espoir se présentait à ce sombre prêcheur mal aimé. L’évêque lui proposait

    d’accueillir chez lui en convalescence cet Arthur Linotte justement, son prédécesseur qui remplissait l’église et faisait l’unanimité. Il va m’apprendre à devenir populaire, soupira t’il.

    Il mit une affiche. « Arthur Linotte revient samedi à 11 h. venez nombreux l’accueillir ! »

    Nombreux, nombreux, on n’est que 56 ici grommela Artémise , ravie néanmoins. On fera du bruit pour compenser !

    Et le village fit fête à un Arthur amaigri mais souriant. Tous se succédèrent au presbytère pour le remettre sur pied et lui raconter ce qui s’était passé depuis son départ pour Calcutta.

    Arthur rosissait d’aise, et dégustait avec délice les friandises et petits plats préparés par ses ouailles ;

    D’abord Hilarion était outré.

    • Hilarion, Jésus aimait manger et boire, non ?



    • Pas se goinfrer !





    Mais peu à peu il se laissa convaincre. Il prit une part de gâteau au chocolat et fut surpris de le trouver délicieux.

    Un invité breton d’Onésime avait apporté de la crème caramel au beurre salé » et du pâté Hénaff.

    Il aima aussi. Il se surprit à sourire à pleine dents pour la première fois de sa vie austère. Son sourire un peu carnassier fit frémir Onésime qui se dit que sa Brava avait l’air plus humaine, et qui couvait des yeux sa Gertrude, si extra à ses yeux, vêtue d’une robe, non, d’un drap informe de cuir, et qui tanguait, un peu ivre. Mais il préférait tout de même sa vache qui n’exigeait rien de lui, sinon un peu de soins. La traire de ses mains lui procurait un plaisir sensuel. Un matin, mal réveillé, il avait par étourderie tenté de traire Gertrude, mais cette dernière avait hurlé avant de le propulser brutalement hors du lit conjugal. Il se rembrunit à ce souvenir amer. Impossible de le confier à cet… Hilarion ! Là il se renfrogna carrément.

    Mais bon, si ses joues creuses se remplissaient un peu, peut-être aurait-il l’air sympa enfin !

    L’espoir fait vivre, non ?

    Pendant ce temps le rire joyeux d’Arthur retentissait jusqu’à l’étable, et la Brava poussa un puissant MEUEUEUH de sympathie. Le premier rire d’Hilarion ressemblait plus à un croassement étranglé, mais les corbeaux apprécièrent et l’accompagnèrent.





    1. Les Deux verges est le nom d’un vrai village de 56 habitants. Mais il ne ressemble pas à ce que j’ai décrit ici

    2. Pauvres Grecs !

     

     

    Mona


  • Commentaires

    1
    Jeudi 16 Mars à 21:45
    colettedc

    Bravo ! C'est super, Mona ! Bonne fin de ce jour !

      • Mona
        Samedi 18 Mars à 15:59

        Merci Colette! j'ai adoré écrire cette histoire, soudain inspirée dès que j'ai retrouvé sur Plumes au vent, section zygomatiques, une histoire de Gertude pas piquée des vers, en deux épisodes, datant de...2008!Bon weekend à toi!

    2
    Jeudi 16 Mars à 21:52

    Bravo, conteuse Mona ! Je n'ai pas changé la taille des caractères ni rien aux espacements, sinon tout se désorganisait. Bisous !

    clown

      • Mona
        Samedi 18 Mars à 16:00
        De rien Lena! C'était un plaisir pour moi!pokou
    3
    Jeudi 16 Mars à 22:01

    Hi,hi... quel plaisir de retrouver des héros mythiques piqués de drôleries tout au long de ce  texte bien tourné à ta manière. Bravo. Merci pour les rires. 

      • Mona
        Samedi 18 Mars à 16:01
        C'est grâce à toi que j'ai cherché sur google ce nom invraisemblable et... oublié!Bises amicales!
    4
    Jeudi 16 Mars à 23:17

    Bonsoir Mona, il y a vie et vie, ni trop ni trop peu pour l'apprécier tout de même n'est-ce pas Hilarion, sois le bienvenu à la cour de récré, MERCI à toi, bises de m'dame JB ;-)

      • Mona
        Samedi 18 Mars à 16:33
        C'est gentil de si bien accueillir cet Hilarion morose!Mais tu as raison,son enfance est sans doute à blâmer!
    5
    Vendredi 17 Mars à 06:20
    Séverine

    Tu m'as bien amusée avec ton texte. Eh oui, il y en a des curés comme ça ! Allez, bientôt l'heure du petit dej, je ne vais pas m'en priver !

      • Mona
        Samedi 18 Mars à 16:38
        Euh,j'ai tapé ma réponse à Josette!Merciiii!
    6
    Josette
    Vendredi 17 Mars à 09:21
    Josette

    quelle page délectable... j'aime ce ton et cette humour Mona, un grand plaisir de lecture !

    à un moment des images du film "le festin de babette" me sont passées à l'esprit ! 

    bises et rebises 

     

    7
    Mona
    Samedi 18 Mars à 16:34
    Bon appétit et tu as bien raison!☺
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    8
    Mona
    Samedi 18 Mars à 16:36
    Bon je me suis trompée de réponse!Merci Josette!
    9
    Lundi 20 Mars à 13:22

    Il faut toujours garder espoir

      • Mona
        Lundi 20 Mars à 18:44
        Tout à fait d'accord,quelle belle philosophie☺!
    10
    Vendredi 24 Mars à 11:00

    Excellent je me suis régalée à la lecture et bien ri en imaginant la scène avec Gertrude .

    Bises 

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