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    Denis Costa - Photo 3

     

     

     

    Ce mardi matin marqua le troisième jour de la disparition de Lisa Innerhofer. Le commissaire Rizzoli activa le pas au fur et à mesure qu'il s'approchait de la questura. Au printemps, il rejoignait généralement son lieu de travail à pied, à un bon quart d'heure de chez lui, ou bien plus rapidement à vélo, lorsque le temps le permettait. Cette semaine serait radieuse, c'était du moins ce que les experts militaires de la météo prédisaient sur toutes les chaînes nationales. Bien que ces prévisions ne correspondaient pas toujours à la réalité, Rizzoli continuait de les suivre scrupuleusement. Au dessous de vingt degrés, il foulait le macadam, au dessus, il empruntait les voies cyclables. C'était ainsi. Pourtant, ce matin-là, alors que le soleil devait chauffer généreusement la ville de Bolzano, Rizzoli choisit de laisser son vélo au garage. Il se dit que marcher d'un bon pas concentrerait ses neurones sur l'affaire de façon plus efficace que s'il prenait la bicyclette, sujette à une plus grande attention dans la circulation chaotique du matin.

     

     

    Bien que rarement saisie par une affaire de disparition dans ce chef-lieu tranquille, où les crimes et délits les plus graves se limitent au trafic de stupéfiants, la police avait bien fait son travail. Il s'en persuadait en tout cas. La disparition de l'adolescente de dix-huit ans avait été diffusée dans tous les services d'urgence des environs. Radio Tirol et les médias régionaux avaient relayé les avis de recherche. Des interrogatoires avaient été menés au cours des trois jours qui suivirent l'absence de la petite, autant dans la famille Innerhofer que dans celle des Degasperi. Une enquête de voisinage avait été effectuée, les proches, les amis et habitués des deux familles avaient été visités, de même que les rares habitants qui longeaient l'itinéraire qu'avaient suivi sur leurs vélos, les deux adolescents en quête d'un endroit discret.

    Lui-même avait personnellement interrogé les hôteliers des établissements situés autour de la petite chapelle de Santa Agatha, en lisière de Lana, où avait été retrouvé le vélo de Lisa.

    Il y était allé avec le sergent Walter Kallmünz, l'un des policiers sud-tyroliens de son équipe. Rizzoli maîtrisait suffisamment la langue allemande pour se débrouiller dans n'importe quelle situation, mais l'enquête était bien trop capitale pour qu'il prenne le risque de passer à côté du moindre indice, prononcé par des villageois qui véhiculent un allemand pas forcément littéraire, patiné d'expressions dialectales. Le débonnaire Kallmünz, plus efficace sur le terrain que dans la paperasserie, l'avait bien secondé, et Rizzoli se dit que tous deux n'auraient pas pu obtenir plus, ni mieux, de la part de ces paysans plutôt avares de confidences.

    Rien de très probant en effet, n'était ressorti de ces interrogatoires, ni des recherches effectuées par les services compétents. Personne n'avait rien vu, rien remarqué de suspect, ni ce jour-là, ni les jours suivants. A croire que l'on était à Palerme, le pays de l'inspecteur Farina, un territoire occupé par la mafia! comme aimait à répéter sa femme de façon narquoise.

     

     

    Puis il y avait ce garçon, Matteo, entendu à plusieurs reprises dans l'appartement de ses parents, via Palade à Lana, ainsi qu'au commissariat central, non comme suspect, mais comme personne informée des faits.

    Rizzoli ne savait que penser de cet adolescent, qui, comme Lisa, venait de plonger dans le monde des majeurs. Il provoquait chez lui ni sympathie, ni antipathie, il doutait simplement qu'il ait une quelconque responsabilité, au moins directe, dans la disparition de sa petite amie. Il désapprouvait en revanche son comportement désinvolte envers les filles. Mais était-ce simplement un puritanisme de bonne aloi qui l'animait, ou bien les regrets, enfouis profondément dans sa mémoire, que sa propre vie amoureuse lui inspirait alors qu'il se remémorait sa propre adolescence? Inexpérimenté jusqu'à l'âge de vingt ans, le jeune Rizzoli avait couru sans grand succès auprès des conquêtes féminines, et si Alice ne fut pas sa première femme, il s'en fallut de peu...

    Ses pensées secrètes, le commissaire devait les garder pour lui, et de toute façon, faire le beau, ne faisait pas forcément de Matteo le coupable idéal.

    A peine eut-il franchi le seuil de son bureau, que Farina, qui avait assuré la permanence de nuit, interpela le commissaire par le bras, nerveusement, rageusement. Il balbutia quelque chose comme:

     

    - On l'a re... retrouvée! et, et...

     

    Au désarroi peu ordinaire que son subordonné éprouvait, Rizzoli comprit que le pire venait d'arriver. Le pire, c'est l'inimaginable, l'inhumain, le souffle de vie qui bascule dans les ténèbres, le néant, la petite lumière qui part en fumée, la confiance trahie, l'homme qui devient loup-garou.

    Comme souvent lorsque les problèmes pénibles à gérer s'accumulaient au bureau, le commissaire afficha une mauvaise humeur, en général peu productive, mais assurément dévastatrice pour son entourage.

     

    - Et bien alors, parle Farina! tu bégaies maintenant... il faut te tirer les vers du nez ou quoi? Pourquoi ne pas m'avoir averti aussitôt? le compte-rendu Farina, le compte-rendu!

     

     

    L'inspecteur Farina, qui subissait de plein fouet en tant qu'adjoint direct, les fréquentes sautes d'humeur de son chef, ne lui en tenait pas rigueur. Il savait que c'était passager. Il savait aussi que dans ces moments-là, il convenait de garder son calme, son self-control, comme disent les Anglo-saxons. Il remballait sa fierté méridionale qu'il mettait dans sa poche avec son mouchoir par-dessus. Il se gardait bien d'interpeler son supérieur par son prénom et évitait le tutoiement, de rigueur le reste du temps.

     

    - Je ne peux pas faire plus vite commissaire! La nouvelle est tombée il y a tout juste vingt minutes, vers sept heures quarante, environ. Un pêcheur de truite a composé le 112 sur son portable, les carabiniers sur une autre affaire, nous ont fait suivre l'appel, et voilà... le temps de tout consigner...

    J'ai localisé l'endroit sur la carte, et j'ai convoqué la police scientifique qui devrait nous rejoindre sur la berge de l'Adige où se trouve le corps. J'allais vous avertir lorsque vous avez poussé la porte de votre bureau...

     

    - Fort bien Farina, fort bien! lança Rizzoli, laconique.

     

    Le commissaire se calma, conscient de s'être emporté pour rien et de façon injuste, comme souvent. Rien à redire, l'inspecteur Farina avait fait son boulot. Comme d'habitude, il ne s'excusa pas, mais il fit comprendre à son subordonné, par des marques amicales, voire de déférence, que l'incident était clos.

    

    

    A suivre

    

    

    Denis Costa,

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  • Une bergerie corse - www.routard.com

     

      

     

    Un soir d'orage où le bruit du tonnerre se mêlait à un plastiquage, près de la maison de Dumè, le lieutenant de police Bernardi sortit prestement de sa 2CV de collection, à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux, pour éclaircir une affaire mystérieuse dans une autre maison, sur laquelle son commissaire l'avait branché en ce samedi soir.

     

    Loin de pester contre l'orage qui venait de déclencher une pluie torrentielle, sous laquelle il resta quelques instants avec délice (il avait fait tellement chaud toute la journée, plus de 40°C à l'ombre), ne prêtant qu'une attention distraite à l'explosion non loin, fait courant dans l'Ile de Beauté, dont une autre brigade s'occupait, il montra sa carte aux agents postés, enjamba le ruban rouge et blanc qui délimitait la zone incriminée.

     

    Dans cette maison-ci, un drame s'était noué. Les parents se trouvaient actuellement au commissariat, où on les réconfortait du mieux possible. Ils rentraient tout juste de vacances en Grèce en ce samedi soir et leurs deux grands ados, dans la semaine en pension au lycée, devaient les précéder à la maison. Les grands-parents occupaient la maison voisine, mais, là, rien n'allait plus non plus. Le commissaire, toujours très méthodique, appelé auparavant sur les lieux par le père, qui était un ami, avait, avant de les embarquer dans sa voiture en lieu sûr, établi une série de questions précises, dont la liste avait été confiée à son meilleur limier, Bernardi.

     

    Merci patron ! Se dit Bernardi, il a vraiment l'oeil ! Et il fureta un bon moment dans cette maison voisine de celle plastiquée, ayant pris la précaution de mettre ses gants bien entendu, trouva providentiellement des indices sur papier (voir plus bas) dans les chambres des adolescents disparus, oui heureusement car, sous cet orage, il n'était pas question de rallumer les ordinateurs. Il rejoignit sa 2CV vers une destination inconnue ...

     

    Vers 22 h 00, les parents et le commissaire virent débarquer au commissariat, de la 2CV de Bernardi, les disparus et coupables !  Les deux garçons de la maison, leurs deux copains complices et ... qui ? la grand-mère, tout penauds.

    Après une période d'embrassades soulagées, l'heure vint des cris de colère, des explications entre parents et enfants, la grand-mère essayant d'arranger les choses, puis ce fut la réconciliation générale !

     

    Le commissaire félicita son adjoint d'avoir si brillamment et promptement résolu cette énigme et parcourut en souriant  le rapport de Bernardi, qui répondait point par point aux questions posées. Voyons plutôt :

     

    1) Pourquoi la porte du frigo était-elle ouverte ?

    C'était le fait des gamins, qui avaient, circonstance atténuante, pris la précaution de l'éteindre et de le débrancher.

    Heureusement qu'il était vide, car les grands enfants étaient arrivés le samedi soir, avant leurs parents dans la maison de campagne et ne s'étaient pas donné la peine de le remplir.

     

    2) Pourquoi y avait-il une chaussure à l'intérieur ?

    C'était un signe de protestation des gamins, contre le régime végétarien (ou végétalien, ou quelque chose comme cela) auquel s'adonnaient les parents et que les enfants n'approuvaient pas du tout ! Ils voulaient de la carne, du boeuf, d'où le symbole de la semelle ! Ils n'avaient pas rempli le frigo en prévision de l'arrivée des parents mais s'étaient gavés des hamburgers, frites, glaces du MacDo du centre ville, toutes choses proscrites dans la famille !

     

    3) Pourquoi le grand-père était-il couché dans l'entrée ?

    Pauvre papi, qui, n'ayant pas suivi le mouvement (voir ci-dessus), assura qu'il restait garder les deux maisons, mais qui, en l'absence de sa femme, se livra à son péché mignon, expliqué dans la réponse à la question 6.

     

    4) Que faisait le parapluie dans le lit conjugal ?

    Il fallait préciser que ce parapluie flambant neuf était enveloppé d'un très joli papier cadeau ! Eh bien, c'était le cadeau de fête des mères de l'un des ados, qui l'avait malicieusement placé là.

     

    5) Où était passée la grand-mère ?

    Grand-mère avait toujours eu un tempérament farfelu et le goût de la fête ! Mise dans la combine, elle avait participé de bon coeur à l'opération projetée par ses deux lascars de petits-enfants ... Oui ! ils voulaient fêter son anniversaire à l'Oncle Antoine, berger plus haut dans la montagne, en lui faisant une surprise.

     

    6) Pourquoi la bouteille était-elle vide ?

    Ah la la, c'était grand-père, qui ouvrit la porte du bar chez son fils, y débusqua une bouteille de porto et força la dose, de même qu'il fuma un cigarillo, choses que sa femme lui interdisait, peut-être avec trop de sévérité ...

    Une douce torpeur l'avait envahi, il décida de faire un petit somme à même le carrelage de l'entrée, profitant de la fraicheur du soir en laissant la porte ouverte. Il n'avait tout de même pas terminé la bouteille, son honneur était sauf, mais il s'était suffisamment imprégné pour avoir été sourd à l'arrivée de son fils et sa bru. Il était maintenant couché sur le canapé du salon, dans sa propre demeure, sa femme boudeuse n'ayant pas voulu que, dans son état, il soit présent dans le lit conjugal.

     

    7) Où étaient passées les casseroles ?

    Elles avaient été réquisitionnées pour arriver en fanfare dans la cour de la bergerie, là-haut chez l'Oncle Antoine et le surprendre. Il n'y avait pas que les casseroles, de ce fait, mais les cuillères aussi, la louche et la passoire également, dont la grand-mère s'était emparée !

     

    8) Qui avait dit que c'était impossible ?

    Ah, cela n'avait pas été dit, c'était écrit sur une affichette dans la chambre d'un des ados, en ces termes exacts :

    IMPOSSIBLE N'EST PAS CORSE !

    Le commissaire avait pensé qu'il ne fallait pas négliger cette maxime dans l'enquête !

     

    9) Pourquoi lundi ?

    Dans la chambre du deuxième ado, un billet d'une écriture inconnue avait été remarquée par le commissaire, une écriture d'adulte. Point de menace, qui aurait fait penser à un enlèvement, une demande de rançon, etc. La note indiquait : LUNDI, 15H00. Elle émanait d'un professeur, qui l'avait distribuée à tous ses élèves, qu'il mobilisait pour une visite de musée, ou quelque chose comme cela.

     

    10) Que faisait le chat chez les voisins ?

    Effectivement, le matou, que les grands-parents nourrissaient en l'absence de leur progéniture, s'était réfugié dans le jardin des voisins de l'autre côté, mécontent d'être dérangé par les agissements bruyants de ses petits maîtres, tenant à son indépendance. A l'arrivée des parents, il s'était montré, perché sur le mur mitoyen, mais n'avait point voulu en descendre.

     

    Bernardi avait par ailleurs réussi à réveiller tant bien que mal grand-père, et obtenu de lui l'indication de l'endroit où s'était rendue toute la compagnie, chez l'Oncle Antoine, plus haut dans la montagne !

     

    Lenaïg

     pour le défi de Fanfan

    http://journal-d-une-retraitee.over-blog.com/

     

    En italique : la phrase de départ proposée par Fanfan et les dix questions auxquelles il fallait répondre. 

     

    Illustration :

    Une bergerie corse www.routard.com

     

     


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  •  tripoli-libya - www.tripadvisor.fr

     

      

    Débarqué fraîchement de Grèce, le richissime armateur, armurier Gonz Rocket, ainsi nommé par son réseau sélect d’amis pour identifier "Speedy Gonzales"  manquait de pot et de ressort  depuis que sa plantureuse Bonny l’avait quitté pour un autre plus  paumé que lui. Il était de mauvais poil sous sa peau burinée par tous les soleils des pays qui en offraient en abondance dans tous les hôtels du jet set réservé aux puissants salauds couverts d’or dur de ce monde. D’impatience, il fulminait dans son fauteuil-lit relié à son ordinateur portable. De là, il opérait le siège social de ses affaires pour aller loin. Par la faute de sa vamp, pire qu’une sangsue, sa bourse baissait à vue d’œil. Bonny l’avait royalement lessivé pour ne pas dire siphonné. La garce n’ira pas loin ainsi grimpée sur les précieux escarpins qu’il lui avait  offerts le jour de la Saint-Valentin. Une fortune regrettée à ses pieds. Elle en paiera le prix foi de Gonz !  Dès qu’on lui ramènera,  il se promit de l’écorcher vive de ses propres mains.  Il sonna son valet de pied surnommé El Serpiente pour qu’on lui apporte un Cohiba bagué afin de soulager sa tension. Ses petites pilules pour penser mieux et plus vite ne faisaient plus effet. Il cherchait désespérément un nouveau forfait à commettre afin de remplumer ses fonds de pension de SDF international, mais avant, il lui fallait la peau de Bonny.

     

     

    En livrée, silencieux et pour cause, on lui avait coupé la langue, El Serpiente s’inclina devant son maître et lui présenta le Cohiba jumelé à un briquet sur un plateau d’argent. Après avoir pris son cigare et le feu, Gonz fusilla du regard son esclave et,  avec mépris, lui signifia d’un geste de la main de dégager.  Impassible, le valet se retira sans tourner le dos à son maître.

     

     

    Depuis que la Grèce n’attirait plus un rond, il se cherchait une Suisse protectrice juste pour lui. Sous la recommandation de Bonny, après avoir consulté secrètement une cartomancienne doublée de voyance  professionnelle dans les boules de cristal, le couple sous le charme de cette diseuse de bonne aventure, avait levé les voiles en direction d’Honolulu. Quel piège à cons ! L’œuvre de Bonny ! De rage, il mâchouilla son précieux Cohiba qu’il fit voler au fond de la pièce. Il sonna à nouveau El Serpiente.

     

     

    - Va me chercher mon carnet noir avec une étoile rouge dessus ! Allez ouste !

     

    Muni de sa puissante arme fatale entre les mains, il tourna les pages à l’index de son bottin de secours.  Sous la lettre T, il parcourut des yeux la liste de tueurs à gages les plus efficaces en ce bas monde. Mieux vaux choisir le meilleur pour accomplir cette ultime mission qui livre la mort avec une assurance tout risque, songea t’il. Hésitant face à ce choix décisif, il retourna aux pages de ses influents amis despotes qui pourraient éclairer prudemment sa décision Seule une armée internationale de potentats tous liés les uns aux autres pouvait servir leurs intérêts réciproquement. Il repoussa du revers de la main la page des services offerts par  la France. Trop risqué ! En dehors de leurs frontières, ils ne font que des bêtises d’adolescents. Le Japon, pas le bon moment. Pékin et Téhéran, trop d’espions malhonnêtes figuraient dans toutes les ambassades du monde. Sur le Pakistan, il essuya une larme et raya le nom de Ben Laden. Adieu veaux, vaches cochons, poules couvées. Ses affaires d’armurier allaient tellement bon train avec ce dernier. Rien pour lui remonter son compte bancaire. Le Canada ?  Oublions cette passoire où tout coule d’Est en Ouest. Ce n’est pas avec un castor et un canot d’écorce qu’on rame parmi les requins. Ils avaient eu un Lacroix,  meilleur qu’Arsène Lupin,  mais ces idiots l’ont réhabilité à l’honnêteté lors de son court séjour dans leur  prison qui ressemble davantage à un grand Hilton cinq étoiles. Ils sont fous ces Canadiens ! Quelle race de tarés venus des quatre coins du monde. Plongé dans ses réflexions, il poursuivait sa quête en parlant plus bas car on pourrait bien l’entendre. « Tiens ! Kadhafi. Voilà mon homme. Lui sait garder la tête froide. Ensemble, nous avons toujours conclu de bonnes affaires, il  appréciera ma collaboration amicale en échange de ses deux meilleures amazones, parmi les  plus féroces. Je lui retournerai l’ascenseur au moment de son choix. Une offre qu’il ne peut refuser si j’en crois ses voisins.  L’affaire est dans la poche !  »

     

      

    Contre deux amazones lybiennes, Bonny et son mec lui reviendront au galop. Il envoya un courriel d’urgence à son pote Kadhafi, puis il sonna une troisième fois son valet sans mots sur le bout de la langue ni chat pour la lui rendre.

     

      

    - Prépare ta valise de voyage. Voici tes réservations et tous les billets imprimés. Tu pars avant trois heures sur le prochain vol Honolulu-Tripoli avec Hawaï Air Line.  Prends garde, tu n’as droit à aucune erreur et je te fais suivre en douce par mon fidèle Bras de Fer. Remets cette enveloppe à mon allié Kadhafi et reviens immédiatement avec les deux jolies femmes qu’il te confiera. Fais gaffe avec ces demoiselles ! Ceci dit dans ton propre intérêt. Allez ouste !

     

     

    Plus blanc que neige, tremblant de tous ses membres, El Serpiente s’activa et prit le chemin de l’aéroport en gardant à l’œil et à distance le redoutable Bras De Fer, garde du corps de Gonz Rocket.

     

      

    À Tripoli, une étincelante Rolls- Royce noire attendait son arrivée. Le chauffeur l’ayant repéré vint à sa rencontre. On le poussa violemment sur la banquette arrière en le dépouillant de ses documents et bagages. Il entendit une rafale de coups de feu, tourna la tête pour apercevoir Bras De Fer s’écroulant sur l’asphalte rougi par une mare de sang. Il perdit conscience.  

     

      

    Vingt-quatre plus tard, à Honolulu, El Serpiente assis sur la terrasse d’une immense villa de grand luxe,  construite face à la mer n’en croyait pas ses yeux. Kadhafi encore vêtu pareillement à Bras De Fer se tenait debout au bord de la rampe et discutait avec deux affriolantes beautés à peine voilées ainsi qu’avec un éminent chirurgien esthétique qui tirait le portrait de Rocket. Plus bas, dans les jardins luxuriants, Bonny et son amant étaient affairés à creuser une fosse qui accueillerait le corps du défunt Gonz.

     

     

    C’est ainsi que Bonny, son amant et El Serpiente devinrent les couvertures sur papier à titre de propriétaires de cette villa  qui cacherait à jamais dans ce paradis à Honolulu celui dont on ne veut plus voir la tête à l’affiche.  

     

     

    Mais, caché dans les rochers où les vagues chaudes venaient se rompre, L'Œil  Du Tigre observait la scène qui se déroulait en sol américain...

    À jamais ? Rien de moins certain  

     

     

    Marie Louve,

    pour le défi de Fanfan

     http://journal-d-une-retraitee.over-blog.com/

     

     

    Choix de la vidéo : Marie-Louve

    Photo : Hôtel Lybia, Tripoli, www.tripadvisor.fr

     

     

     


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  • Inclusion-exclusion - www.commons.wikimedia.org

     

     

     

    Le clan noir

      

     

    J’ai commis le crime de naître parmi vous sans que personne ne désire ma venue. J’étais la volonté de Dieu, ce bâtard inventé pour vous déculpabiliser, pour déposer votre refus d’assumer vos choix et surtout, vous donner le pouvoir de commettre toutes vos violences cachées sous son nom, mais servant votre profit.

     

     

    Pour ces raisons, je suis devenu invisible. Celui qui n’existait pas sinon quand on avait besoin d’un coupable pour éviter au noble clan de se sentir des salauds. Depuis toujours, c’était écrit, tatoué sur mon front : l’exclu. Ainsi je suis de vous. De cette exclusion, lucidement, j’en suis fier. Vous êtes ma honte, ma déchirure profonde.  

     

     

    Sur vos impardonnables outrages, j’ai survécu. Là, au milieu de vos mensonges et de vos fourberies, j’étais le regard qu’on aveuglait pour faire taire votre culpabilité. Vos messes basses et son sacrifice sacrilège, ces messes du clan noir sur un même chapelet que vous partagiez et partagez comme un rituel secret de complices me déchantent encore et toujours. Une même hypocrite ritournelle qui tient à distance l’exclu qui voit et sait ce que vous avez peur de regarder et de ressentir: votre histoire nauséabonde. L’ignominie commise demeure à jamais une infamie au cœur de l’exclu aux droits bafoués.    

     

     

    De moi, mille fois, mille portes ouvertes, mille confiances, mille mots dits pour réparer votre déchirure sur mon âme.  Jamais vos oreilles n’ont voulu ni ne sauront entendre. Surdité volontaire. Game is over !

     

    Vous êtes la honte de ma vie.  De cette honte, j’en suis fier. Ne pas vous ressembler, ne pas être de vous pareillement. Fier d’être votre exclu. Je n’appartiens pas à ce clan infernal d’où je suis né un soir de malchance. Au beau milieu de la volonté de ce bâtard : votre Dieu ! Pas le mien. Il n’y a pas de saints dans ce clan maudit.

     

    Le refus.

    La rupture.

     

    L’exclu

     

     

    ***

     

     

    Ce texte est une expérience, un essai  littéraire de ma part. Possiblement maladroitement, j’ai endossé la peau d’un exclu en imaginant ce qu’il pourrait écrire peu importe son milieu de vie,  le Dieu de sa culture ou les croyances parentales transmises. Le regard de l’exclu, sa parole, une tentative pour se libérer de son clan. Déposer quelque part ce qu’il retient ?

     

     

     

     

     

    Marie Louve

     

     

    Illustration :

    Inclusion-exclusion www.commons.wikimedia.org 


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  • Denis Costa - Photo 1 

     

     

     

    Le commissaire aurait très bien pu apporter lui-même la réponse à sa propre demande, mais il voulut se prémunir contre un éventuel désaccord du couple dans l'analyse que tous deux faisaient de la situation. Il voulut s'assurer d'être à l'unisson de sa femme, afin de renforcer sa propre conviction.

     

    - Oh c'est très simple amore, les Degasperi sont italiens, alors que les Innerhofer sont allemands, et tu sais comme moi, qu'à Lana, la population est à très forte majorité allemande, ils vont tous se liguer contre les Degasperi, par simple atavisme!

     

    C'était en effet l'exacte réponse à laquelle le commissaire s'attendait. Rizzoli s'était affalé sur le canapé, les mains croisées sous la nuque qui butèrent contre le dossier du sofa. Hormis dans la ville de Bolzano, où résidaient les Rizzoli, et dans une moindre mesure dans celle de Merano, les Italiens étaient très minoritaires dans cette province, jadis autrichienne.

     

    - Sans compter, ajouta Rizzoli, que les Degasperi sont propriétaires de leur restaurant! Quand on pense que la quasi totalité des terres et des hôtels appartiennent aux Crucchi, y'a de quoi attiser des jalousies, non?

     

    Le terme Crucco, utilisé par ses compatriotes, désigne les Allemands en général, mais de façon peu amène, avec l'intention d'exprimer une certaine rancœur, bien ancrée dans la conscience populaire, en souvenir des funestes exactions commises par les troupes nazies pendant la seconde guerre mondiale. Dans la bouche de Rizzoli, en revanche, rien de dépréciatif. Ses parents, originaires de Milan, étaient beaucoup trop jeunes pour avoir souffert de la guerre, et de leur jeunesse, ils n'avaient transmis au petit Guido et à ses sœurs, que la frivolité des années trente, la virile fierté d'être italien, et l'opulence d'une bourgeoisie en pleine essor.

    

    Rizzoli avait lâché ce terme pour parler des Tyroliens de souche, comme il aurait pu dire en d'autres circonstances, les Mangiapolenta, qui désignent ironiquement ses compatriotes du nord de l'Italie, ou les Terroni, ses compatriotes du sud. Le commissaire Rizzoli partageait la conviction que, malgré ses insuffisances, l'autonomie de la province du Haut-Adige, que les germanophones appellent Tyrol du sud, était la meilleure voie, sinon la seule, pour assurer une cohabitation harmonieuse entre les deux communautés, et il détestait les extrémistes de tous bords qui allumaient des brûlots pour déstabiliser ce bel ensemble institutionnel.

     

    ***

     

    Alice dessina une moue dubitative, celle qui de ses lèvres, creuse plus significativement encore, sa fossette droite, apparue suite à une méchante chute dans les escaliers de son immeuble, lorsqu'elle était bambina.

     

    Rizzoli la sollicita encore:

     

    - Alors, tu crois que la police n'est pas capable de faire la part des choses, et d'enquêter équitablement, à charge et à décharge?

     

    - Je crois que l'homme est ce qu'il est, et que ses instincts les plus vils se réveillent, à peine tu lui chatouilles le bout du nez.

     

    Alice était sceptique par philosophie, sinon par naissance... Elle doutait de tout, des institutions, de la police, de la justice, des hommes politiques, des hommes en général. Elle cultivait le doute du matin au soir, au contraire de Rizzoli qui se raccrochait au quotidien, au vécu, au réel, sinon à la réalité concrète des choses, comme le naufragé s'accroche à sa bouée de sauvetage. Pourtant, Alice avait réussi à trouver un poste de professeure d'informatique à l'université libre de Bolzano, ce qui n'était pas si facile, pour qui venait de Milan. Rizzoli éprouvait de la fierté pour Alice qui reconsidérait toute chose, sauf elle-même, mais qui avait réussi là où beaucoup de ses congénères auraient lâché prise, dans une société peu encline à faciliter le travail des femmes. Tout semblait facile pour Alice, elle fonçait droit devant à la conquête de son objectif, tandis que lui, avait toujours entrouvert les portes en s'excusant, une main moite rivée à la poignée. Il en ressentait une certaine jalousie, voire un réel ressentiment les jours où leurs deux caractères s'affrontaient.

    

    *** 

    

    - Tu entends Alice? … c'est la cloche de l'église du Christ Roi qui sonne les huit heures. A cela, tu ne pourras rien changer... Il est temps de dîner, je pense.

     

    - Oui, répondit Madame Rizzoli, et ce soir Guido, ton estomac se contentera d'un repas froid. On mange à l'allemande, charcuterie, fromage et salade, arrosés de bières Forst bien fraîches!

     

    - Ça me va trésor, d'ailleurs nos adorables jumeaux ont mis la table...

     

    ***

      

    Denis Costa, 

    Texte et photo 

     


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